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EFFACEMENT DU DANEMARK

Hostrup et Erik Bogh réussissaient sur des scènes secondaires. Et le public norvégien, — le public des lecteurs comme celui des spectateurs, — admettait sans résistance Vidée d'une sorte de suprématie danoise en littérature. Welhaven était l'arbitre du goût à Kristiania parce qu'on le savait disciple de J. L. Heiberg. Mais en 1876 moururent Chr. Winther et Paludan Müller comme derniers grands survivants de la grande époque. Comme écrivains témoins des dernières années d'Oehlenschlàger et de la courte action de Kierkegaard, il ne resta plus guère que Hostrup, désormais absorbé par sa charge de pasteur, et Meïr Goldschmidt cessa d'écrire après la publication de ses Mémoires en 18 77. Et de 1850 à 1875 on ne vit surgir aucun nouveau venu qui s'annonçât comme un digne successeur des poètes et dramaturges de l’âge d'or. Un seul grand écrivain s'était révélé, Georg Brandès, mais comme philosophe et critique, et la littérature danoise, par contraste avec son passé récent, était devenue étonnamment pauvre. Il n'y manquait pas, bien entendu, d'auteurs d’un rang fort honorable, surtout des romanciers, comme Vilhelm Bergsoe, le compagnon d'Ibsen à Ischia, mais le déclin était manifeste.

C'est précisément au cours de cette période d'effacement du Danemark que se place l'ascension des deux camarades norvégiens Ibsen et Bjôrnson. De quatre ans le plus jeune, celui-ci fut le premier qui perça vraiment, avec Synnôve Sol bakken, en 1857, tandis que le succès d'Ibsen ne s'affirma que près de neuf ans plus tard, avec Brand. Mais tous deux devenaient les grands représentants de la littérature norvégienne. En 1870, ils furent même presque les seuls, car Asbjôrnsen et Jôrgen Moe n’écrivaient plus depuis longtemps, Welhaven et Vinje étaient morts, Andréas Munch, retiré en Danemark, était oublié. Des écrivains nouveaux qui avaient surgi depuis 1850, le seul, après Ibsen et Bjornson, qui comptât, était Camilla Collett, dont tout le monde connaissait le grand roman Les Filles du préjet , mais qui, à part cela, n'était guère t. xi. 4

lue. On peut aussi nommer Magdalene Thoresen. Ainsi, les deux grands Norvégiens dominaient déjà la littérature danonorvégienne. Mais le prestige de la littérature danoise restait grand, et c’était un honneur pour tous les deux, en même temps qu’un avantage, d’être édités par la librairie Gyldendal de Copenhague. Bjôrnson était entré le premier, dès 1860, en relations avec Hegel, qui publia ses œuvres à partir de 1861 (Le roi Sverre), et on a vu que ce fut lui, en 1865, qui introduisit Ibsen dans la maison.

La littérature norvégienne, jusqu’alors assez dédaignée, prenait par là rang à côté de la littérature danoise, juste au moment où les deux littératures allaient se séparer de plus en plus. La principale raison de cette séparation était la différence progressive des langues, pratiquement identiques en littérature jusqu’à Wergeland, et de plus en plus différenciées ensuite. Les contes d’Asbjôrnsen et Moe y ont contribué. Le mouvement du landsmaal, avec un écrivain du rang de Vinje, a donné une forte poussée, et Ibsen et Bjornson, tout en protestant parfois très vivement contre cette langue littéraire nouvelle, comme on l’a vu, par exemple, dans Peer Gynt , ont écrit une langue qui s’est écartée de plus en plus du danois classique. Mais l’écart n’a pas été tout d’abord très sensible. Ibsen, en particulier, malgré un court moment de pratique d’un rigsmaal très norvagisé, a été retenu par son scandinavisme et son désir de conquérir le public danois.

Ce qui était surtout nouveau chez les jeunes écrivains norvégiens, comparés aux écrivains danois de « l’âge d’or », c’était leur réalisme, d'où provenait, d'ailleurs, leur besoin d’employer une langue plus naturelle, même à des Norvégiens de la classe cultivée, que le danois littéraire. Certes, leur réalisme ne fut pas tout de suite très accentué, il fut d’abord très mêlé de romantisme, mais il s’affirmait de plus en plus, et ce mélange est un des éléments de la saveur particulière d’une œuvre comme Peer Gynt. Asbjôrnsen, dont l’œuvre folklorique se

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