IBSEN SOCIALISTE
C'est le singulier, — la notion — qui l'intéresse, non les réalisations pratiques et partielles. Ibsen montre, pour le socialisme, une disposition bienveillante, rien de plus. Il n'a pas vraiment étudié le socialisme, et il l'a dit un jour à un journaliste anglais qui a compris ses paroles comme exprimant une véritable hostilité contre le parti socialiste. Ibsen éprouva le besoin de rectifier :
Ainsi, par exemple, je n’ai pas dit que je n’ai jamais étudié la question social-démocra tique ; au contraire, autant que j’en ai eu la capacité et l’occasion, j’ai essayé de me familiariser avec elle, et cela, avec le plus vif intérêt. Ce que j’ai dit, c’est que je n’ai jamais trouvé le temps d’étudier la grande et vaste littérature qui traite des divers systèmes socialistes *.
Ceci se passait en 1890, mais vaut certainement pour l'époque des Soutiens de la Société. Ibsen s'était lié à Munich avec von Wollmar, qui était un des leaders du groupe socialiste au Reichstag, et qui lui écrivit, à la lecture de l'interview, en s’étonnant de lui voir refuser toute sympathie au socialisme. Ibsen répondit à von Wollmar en lui envoyant sa rectification 3.
Ibsen n'avait aucun sentiment de classe, — populaire ou bourgeoise. Son aristocratisme était trop haut pour lui faire reconnaître une supériorité dans le fait d'être bourgeois. Et, d’autre part, il avait l’habitude et le goût du travail manuel. Enfant, il dessinait, coloriait et découpait des images qu'il dressait sur des socles, donnait des séances de tours appris en observant les bateleurs à la foire de Skien. Ensuite, à Grimstad, il avait travaillé au laboratoire de la pharmacie, où beaucoup de produits étaient fabriqués avec les simples ramassés autour du village. Et comme il était très pauvre, il réparait lui-même
1 Daily Chronicle , 15 août 1890, et rectification dans Münchner Posi , 1890, n° 200, citée ici d’après Sâmtliche Werke, I, p. 442.
-William Archer, Ibsen as I knew him , dans The monthy Review , 1905,