LES REPRÉSENTATIONS
vembre à Bergen, le 13 décembre à Stockholm, et en février 1878 à Gôteborg, mais pas à Kristiania, où la première représentation fut donnée seulement le 6 novembre 1878, — par une troupe suédoise, sur la scène de l'ancien « Théâtre norvégien ». Ibsen ne voulait pas que sa pièce fût jouée au « Théâtre de Khristiania » sous la direction de Johan Vibe, qu’il estimait « un triste individu parfaitement incapable 1 ». Il avait pourtant apprécié le « triste individu » au moins comme écrivain, et même, par une lettre élogieuse, l'avait aidé à trouver un éditeur et à obtenir une bourse de voyage 2. Ce voyage l'amena en été 1877 à Munich, où Ibsen trouva qu’il « parlait comme un enfant de cinq ans du poste qu’il allait occuper ». Il venait en effet d'être désigné pour succéder à Ludvig Josephson comme directeur du théâtre, et Ibsen était d'autant moins bien disposé pour lui qu'il avait « une véritable admiration pour le talent de Josephson », dit Brandès, — admiration d’ailleurs justifiée, d'après Brandès, qui ajoute : « Je ne crois pas que le théâtre norvégien ait par la suite atteint aussi haut que sous sa direction3 4. » Et il ne reculait pas devant les tâches difficiles, puisqu’il avait introduit l’opéra au « Théâtre de Khristiania », monté Peer Gynt avec un succès éclatant, et songeait à monter Br and et la première partie d* Empereur et GaliléenK.
Malgré son succès, Josephson avait été, comme Suédois, en butte à des attaques continuelles, qui avaient redoublé à la suite de l'incendie de janvier 1877. Ibsen avait alors examiné la possibilité de construire un nouveau théâtre (V. p. 27). Et il devenait évident qu'on finirait par faire partir Josephson. Ibsen eut quelque velléité d'intervenir publiquement5. Vibe
1 Lettre du 2 novembre 18 77, Breve, II, p. 57.
2 Lettre du 3 mars 1875, Breve , II, p. 29.
s Levned , II, p. 214.
4 Ludvig Josephson, Ett och annal otn Henrik Ibsen och KristianiaT eater , pp. 78 et 80, et Breve, II, p. 57.
5 Lettre à Dietrichson du 29 avril 1877, Breve , II, p. 46.
T. XI
une fois nommé, il voulut déclarer dans un journal qu'il rompait toute relation avec le « Théâtre de Kristiania ». Il avait « tout motif de croire que Bjornson en ferait autant », et que Vibe serait obligé de s'en aller à bref délai h Je ne sais d'où lui venait cette assurance. En fait, on ne tarda pas à vouloir remplacer Vibe. Bjornson fut sondé. Il était tenté, mais comme il était en pleine période de production littéraire, il refusa1 2 3 *. Et Vibe resta deux ans directeur. Ibsen finit tout de même par donner l'autorisation qui lui fut demandée par un intermédiaire, mais à la condition que sa pièce fût mise en scène par l'acteur Johannes Brun5. Elle passa le 7 mars 1879 et fut jouée dixneuf fois dans la saison. Elle eut 54 représentations en tout au « Théâtre de Khristiania », qui dura jusqu'en 1899 *.
Ce théâtre ne fut pas le seul avec lequel Ibsen eut des difficultés. A Copenhague elles furent d'un tout autre genre. Les droits d'auteur étaient réglés par un traité, non suivant un pourcentage, et ils étaient médiocres. Les représentations en province ne comportaient aucun droit. C'était l’édition qui constituait le bénéfice principal d'Ibsen. A cause du bruit fait d'avance autour de la pièce, le chambellan Fallesen, directeur du théâtre royal, demanda que la publication fût ajournée jusqu'après la première, ce qu'Ibsen refusa : il estimait que la pièce devait être jugée d'abord comme livre, sans qu'intervînt l'intérêt prédominant de la représentation. Alors Fallesen obtint des journaux un ajournement des comptes rendus, et hâta la représentation, ce dont Ibsen fut très contrarié. La pièce eut 25 représentations en trois saisons5.
En Allemagne, on a vu qu'Ibsen avait déjà pénétré depuis 1872
1 Lettre à Hegel du 23 août 1877, Brève, II, p. 48.
2 Bjômstjerne Bjornson, Brytningsaar, II, pp. 309-313 (note de H. Koht).
J Aftenfposten , 1900, n° 15.
* T. Blanc, Henrik Ibsen og Christiania Theater , pp. 3 7 et 41.
5 V. Robert Neüendam, Del Kongelige Teaters Historié , II, pp. 135-136, et la lettre du 5 octobre 1^77 à Edvard Fallesen, Breve , II, pp. 50-52.