BJORNSON SE RAPPROCHE DE BRANDÈS II
à l’auteur a certainement contribué au prodigieux succès.
Après cette conquête soudaine de l’Allemagne, Les Soutiens de la Société ont pénétré dans de nombreux pays, ont été traduits et joués, mais nulle part n’ont produit pareille sensation. Les traductions finnoise, tchèque, polonaise, anglaise, et sans doute encore d’autres, ont précédé la traduction française, par Pierre Bertrand et Edmond de Ne vers (1892), et le théâtre de l’Œuvre a joué la pièce en 1896.
Mais aujourd’hui la pièce est loin de produire un effet aussi puissant. Lors d'une reprise au Théâtre royal de Copenhague en 1929, elle fut assez bien accueillie, mais plutôt comme une comédie populaire *.
Vers le moment où parurent Les Soutiens de la Société se produisit un fait qui amena tout de suite un rapprochement entre Bjornson et Brandès, et prépara la réconciliation entre Bjôrnson et Ibsen.
La vie était devenue impossible à Brandès en Danemark. Une conspiration du silence empêchait la vente de ses livres. Aucun journal n’acceptait sa collaboration. Malgré sa répugnance, il fut obligé, pour vivre, de s’expatrier. On lui offrait une chaire à l’université de Vienne. Il se décida, en automne 1 877, à s'en aller vivre à Berlin. Une adresse de 45 personnes ayant une notoriété dans la vie intellectuelle danoise lui exprima leur remerciement pour le mouvement dont il avait été l’initiateur dans le pays.
Bjornson avait eu, un moment, quelque velléité de s’entendre avec Brandès, mais n’avait pas apprécié le premier volume de ses Grands Courants. « Hélas, où est celui qui pourra écrire la même histoire que Brandès, mais au service de V esprit! Je suis malade et las de cette lecture, » écrivit-il1 2. Ensuite, il
1 Sven Lange, Meninger om Teater, Copenhague, 1929, p. 41.
2 Lettre à Rudolf Schmidt, du 9 mars 1872, Brytningsaar, I , p. 88.