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IBSEN ET BJORNSON RESTENT BROUILLÉS IIÇ

Ibsen tendait la main. Il avait oublié depuis longtemps le grief qui l’avait si fort irrité. Il souhaitait la réconciliation, et la générosité d'âme de Bjôrnson l’avait touché. Mais Bjôrnson ne répondit pas.

Quelques mois plus tard il raconta cet incident à Brandès, et dit qu’il n’avait pas répondu ; « car je trouve sa conduite envers moi dégoûtante ; et je trouve que lui-même est un marchand de chiffons avec ses titres, ses ordres, et les lettres écœurantes qu’il écrit à quiconque le loue dans le moindre journal 1 2 * ».

Mais, d’une part, Ibsen se montra encore aimable en chargeant un ami de féliciter Bjôrnson pour un de ses livres5, et d’autre part, la transformation qui s’opérait en Bjôrnson le rapprochait d’Ibsen malgré lui, et il écrivait à Brandès : « Je comprends mieux Brand... Je suis devenu très reconnaissant à Ibsen pour ce livre. Je n’avais pas pu l’être auparavant5. »

Et un jour Bjôrnson écrivit à Ibsen. Mais il n’aurait pu choisir plus maladroitement l’occasion de cette reprise de contact. Il demandait à son camarade de dire son accord avec lui au sujet de la question politique qui l’occupait alors : la suppression de l’emblème suédois qui existait sur le drapeau norvégien, de même que l’emblème norvégien figurait sur le drapeau suédois. Ibsen répondit qu’il lui avait été très agréable de recevoir une lettre de Bjôrnson, mais expliqua longuement pourquoi il n’était pas de son avis4.

Peu de temps après, Brandès revint à Copenhague pour donner la dernière série de ses conférences sur les Grands Courants , et Bjôrnson, en route pour un rapide voyage en Allemagne et à Vienne, s’y arrêta. Il alla voir Brandès chez sa mère, puis, le même jour, le pria par un billet de venir reprendre la conversation chez Hegel : « J’en suis au stade de

1 Lettre du ier juin 1878, Brytningsaar , II, p. 272.

2 Ibid., p. 277.

* Lettre du 29 avril 1878, Brytningsaar , II, p. 25g

* Lettre du 12 juillet 1879, Samtiden , 1908, p. 95.

la passion, » écrivait-il ( i jorelskelsens stadium). A un dîner chez Hegel en l'honneur de Bjornson, Brandès fut à côté de Mme Bjornson et tâcha de la persuader d'agir sur son mari pour amener sa réconciliation avec Ibsen. Elle dit qu'elle n'en ferait rien, car Bjornson ne le lui pardonnerait pas. Mais elle lui raconta la suggestion de Brandès, et le lendemain Bjornson déclara très vivement à Brandès qu'il ne voulait pas serrer la main à Ibsen. Il ne lui reprocha d'ailleurs, semble-t-il, que le ridicule de porter tout un collier de décorations1.

Et Bjornson partit. Il passa par Munich où il resta plus d'une semaine dans un hôtel tout près de chez Ibsen, où habitait, à ce moment, Magdalene Thoresen. Ibsen et sa femme, et Magdalene, et le jeune Sigurd, vécurent tout ce temps dans l'attente. Viendra-t-il? Sigurd se rendit au café que fréquentait son parrain pour l'apercevoir, et eut forte impression de son allure. Mais Bjornson ne vint pas. Ces journées furent racontées plus tard dans un journal, et Bjornson publia une note pour expliquer son abstention, due à la réponse d’Ibsen au sujet de la question du drapeau. « Je crois aujourd'hui que j’ai eu tort ; en tout cas, j’ai regretté de n’être pas venu5. »

La réconciliation ne devait venir qu'en 1882.

J'énonce rapidement un fait qui causa certainement à Ibsen une grande joie. Lorsque Dietrichson était encore à Munich, il fut informé que l'université d’Upsal le nommerait docteur honoris causa l’année suivante, lors des fêtes de son quatrième centenaire. La nouvelle lui parvint un matin, au restaurant Achatz, où il était avec Ibsen et Paul Heyse, et l’idée lui vint de proposer que le même titre leur fût aussi conféré, ce qui fut consenti. Paul Heyse, toutefois, n’alla pas en Suède. Ibsen et Dietrichson reçurent seuls personnellement leur diplôme

1 Georg Brandès, Levned , II, pp. 349-351.

- John Paulsen, Samliv med Ibsen , 1906, pp. 191-198.

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