ROMANTISME ET ROMANTISME
par exemple, le romantique recherche dans le peuple ce qui est inconscient, indépendant de la culture et des institutions, les légendes, les allégories, le symbolisme de la nature contenu dans la mythologie populaire ; il aime l’éloignement historique, et tout ce qui écarte de la réalité ; il aime aristocratiquement le peuple naïf, grossier, en guenilles pittoresques. En ce sens, le romantisme n’est pas une suite du double mouvement du XVIIIe siècle, il n’est pas, du moins, le développement des tendances réalistes et démocratiques auxquelles Rousseau a donné une si forte impulsion : il en est la caricature et constitue contre elles une sorte de réaction sournoise. Et ce romantisme là ne peut être qu’une littérature à l’usage des hautes classes sociales accordant au peuple une sorte de compassion un peu méprisante. Ce même romantisme a pu — tout en restant une littérature de hautes classes — être associé à des sentiments de bienveillance sincère envers le peuple. Il a été souvent un effort naïf et peu vigoureux pour le comprendre et le connaître, et il a ainsi à la fois marqué un désir d’aller au peuple, et montré la distance qui en séparait. Ainsi conçu, le romantisme que définit Skavlan était un progrès vers le réalisme, ou plutôt l’espoir et la promesse d’un tel progrès. Il exprimait certaines aspirations vagues.
Mais Wergeland ne pouvait être un romantique de cette sorte. Il avait de la nature et du peuple une connaissance trop précise et intime. Ses notions de botanique et d’agriculture étaient trop sérieuses. Il avait vécu trop familièrement avec les paysans. Il était profondément empreint de réalisme. Ses aspirations ne visaient pas un idylîisme paysan imaginaire et actuel, mais un idylîisme humain futur et auquel il croyait fermement. Patriotes, mais gens de culture urbaine, ses adversaires voulaient aller prudemment, comme on s’avance sur
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une terre inconnue, à la découverte du pays et du peuple ; il les y avait précédés par les voies les plus rapides, et avait pris aisément possession de ce domaine qu’ils trouvaient un peu inquiétant. Au fond, le différend essentiel entre eux et lui tenait à ce qu’il était u peuple ” autant que pouvait l’être un homme qui n’était pas né paysan, tandis qu’ils restaient gens de la classe des fonctionnaires. Or, dans les dernières années de sa vie et après lui, la littérature norvégienne consiste surtout dans cette découverte, systématiquement et timidement poursuivie, et il ne faut pas s’étonner que tantôt les écrivains d’alors paraissent reprendre la suite des pâles tentatives en ce sens de Mauritz Hansen, comme si Wergeland avait arrêté momentanément une évolution naturelle, et tantôt il semble qu’on le rencontre, sur tous les chemins, comme un précurseur : en politique, pour la transformation de la langue, comme touriste, même dans la science historique et, bien entendu, dans les études sociales, car il a été le premier à signaler l’opposition entre la classe des husmœna et celle des grands paysans.
Suivant l’exemple du romantisme théorique de l’Allemagne, que le Danemark s’était si parfaitement assimilé, la découverte du peuple norvégien a été entreprise à la fois de deux manières : d’une part, on a publié les anciennes histoires mythologiques et légendaires, et, d’autre part, on a recueilli, à la manière de Grimm, les contes et chansons populaires encore existants. C’est à partir de 1840 environ que cette double exploration a été entreprise avec activité.
L’ancienne histoire était en partie commune au Danemark et à la Norvège, et naturellement les sources manuscrites se trouvaient surtout à Copenhague. C’est à Copenhague qu’elles avaient été toujours publiées et traduites. Il n’existait pas d’historien national en Norvège. Au dix-huitième siècle, c’est