L'ANCIENNE HISTOIRE
une Histoire du royaume de Danemark qu’avait publiée le norvégien Holberg. Et les poètes romantiques danois avaient indistinctement accaparé les vieilles sagas pour y puiser le sujet de leurs drames et de leurs poèmes. Les meilleures œuvres d’Oehlenschlâger ont été composées lorque la Norvège était encore unie au Danemark, et jamais il n’a songé à se demander si telle histoire était plutôt norvégienne que danoise. Les écrivains norvégiens, venus plus tard, se sont ainsi trouvés quelque peu désemparés, voyant ce qu’ils voulaient faire déjà fait par d’autres, et précisément comme ils estimaient que cela devait être fait. Cependant, l’autonomie nationale et la jeune université de Kristiania finirent par produire des historiens qui s’occupèrent spécialement de l’histoire norvégienne. Dès 1834, Wergeland publie une Histoire de la Norvège, En 1838-39 parut une traduction des sagas royales de Snorre Sturlasœn. Un groupe de savants se formait, parmi lesquels P. A. Munch, nommé professeur en 1837. Les publications scientifiques se multipliaient. Le plus grand nombre des chroniqueurs anciens étaient islandais, c’est à dire, norvégiens. Ils furent revendiqués par la nouvelle u école historique norvégienne ”, qui crut pouvoir établir que les trois nationalités Scandinaves avaient acquis leurs caractères distinctifs beaucoup plus tôt qu’on ne le supposait. Enfin, en 1852, P. A. Munch, le véritable chef de cette école, lança le premier volume de sa grande Histoire du peuple norvégien , que chacun voulut, sinon lire, du moins avoir.
Cependant ni l’histoire nationale ancienne, trop longtemps accaparée par les Danois, ni le moyen âge, préféré par les romantiques allemands, mais qui avait laissé peu de traces en Norvège, n’ont exercé la plus grande et la plus immédiate influence sur la littérature. Dans un peuple où, sous le rapport économique, les paysans avaient une telle importance et le reste si peu, où
les paysans comptaient politiquement, et où les idées libérales et même démocratiques étaient si généralement admises, il était naturel que le romantisme sentimental s’occupât surtout du peuple lui-même, dans son état actuel, et fût ainsi plus rapidement amené à un réalisme relatif. Il est vrai que pour cela il fallait arriver à connaître le peuple, qui ne se laisse pas approcher si aisément. La plupart des écrivains ne pouvaient obtenir, comme Wergeland, sa confiance familière. Or, il se trouvait que la connaissance du peuple norvégien était accessible par la littérature. Les légendes, les chants anciens s’étaient transmis avec une abondance et une fidélité qui auraient fait la joie des frères Grimm. Aux vieux contes s’aioutaient incessamment des histoires et des superstitions nouvelles, où se marquait le caractère psychologique des paysans. Il n’y avait qu’à recueilir tout cela, comme, depuis un demi-siècle, on l’avait vu faire un peu partout.
En 1833 avait paru un premier recueil, les Légendes norvégiennes, d’Andréas Faye. Mais il renfermait des récits très secs, des squelettes de contes, où l’attitude des gens ne peut être aperçue que rarement et difficilement. C’est en 1838 que Peter Christen Asbjœrnsen publia ses premiers contes. En 1841, avec Jœrgen Ingebretsen Moe, il publia ses Contes populaires norvégiens, dont la seconde édition augmentée parut en 1852. Enfin, il publia seul, en 1845-48, ses Contes de fées (huldre ])
1 “ Dans tout le pays on trouve des légendes sur un être surnaturel, qui se tient dans les forêts et les montagnes, et s’appelle Huldra. Cet être a l’apparence d’une belle femme. En général, elle porte une jupe bleue et un mouchoir de tête blanc ; mais elle a, en outre, une longue queue, qu’elle s’applique à cacher quand elle est avec des gens, ce qui arrive souvent, soit dans les chalets de pacage (car elle aime les bestiaux, surtout tachetés), soit quand il y a danse quelque part, ce dont elle ne fait pas fi non plus. ” (Andréas Faye, Norske Sagn , p. 39.)