‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 24 sur 103 · COUP D’ŒIL D’ENSEMBLE · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL D’ENSEMBLE

norvégiens de la fin du dix-huitième siècle, à l’époque où ils contribuaient encore à la “ littérature commune ” avec les écrivains danois, se distinguaient cependant de ceux-ci parcequ’ils suivaient de préférence le courant d’idées qui venait des grands pays occidentaux, de France surtout, tandis que les Danois étaient plutôt sous l’influence de l’Allemagne. Wergeland a été leur continuateur. L’encyclopédie et la Révolution ont contribué à former sa pensée. Profondément cosmopolite en même temps que patriote, il a observé le développement des idées de large philosophie humaine dans lesquelles il avait été élevé ; dans la direction donnée, il a été au niveau des esprits les plus avancés de son époque, et par sa forme poétique il n’a d’analogues que parmi les grands génies de son âge dont l’esprit était pareillement orienté. Le peuple se sentait instinctivement d’accord avec lui. Mais le peuple n’avait pas alors d’autre interprète de sa pensée confuse. Lui disparu, la littérature uniquement cultivée par la bourgeoisie norvégienne retomba sous l’influence exclusive du romantisme sentimental, avec un retard accru. Il se trouva que ce retard même fut avantageux. Grâce au progrès des études historiques, grâce surtout à la connaissance plus sérieuse du paysan norvégien, répandue par le tourisme commençant, par leur action politique, et par la fidélité réaliste avec laquelle Asbjœrnsen avait présenté ses contes, il n’était plus possible de faire admettre le mérite littéraire de bergeries romantiques ou de ballades moyenâgeuses trop falotes. La grande querelle entre Wergeland et Welhaven avait fait naître la critique, et l’action continuée de Welhaven avait introduit une discipline parfois trop étroite, mais historiquement nécessaire. La littérature norvégienne restait encore bien en retard sur la littérature européenne, surtout par la nature des sujets qu’elle préférait. Elle l’était déjà beaucoup moins par la

cxxiv LA NORVÈGE VERS 1850

manière dont elle les traitait, et si l’on songe à ce qu’avait été cette littérature avant 1830, on ne peut qu’être surpris des progrès qu’elle avait faits.

II faut généralement, dans chaque pays, un poète-lauréat. L’heure de Welhaven, après 1850, semblait passée, il était professeur, publiait peu, et se mettait peu en avant. Qui devaiton, alors, considérer comme le principal écrivain norvégien ? Le ciel était sans étoiles. On ne pouvait songer à Christian Monsen, qui avait, un moment, donné de grands espoirs, mais vivait alors à Trondhjem. Hans Œrn Blom, poète un peu fou, d’une extraordinaire vanité, aurait trouvé tout naturel qu’on le choisît, mais lui seul y pensait. Camilla Collett, bien que la sœur de Wergeland, se rapprochait plutôt de Welhaven par ses tendances littéraires ; elle avait commencé par d’intéressantes nouvelles une carrière littéraire tardive, mais que l’on ne pouvait prévoir aussi importante qu’elle le devint par la suite. Jœrgen Moe allait publier en volume (en 1851) ses poèmes délicats, mais s’absorbait dans les études théologiques. Theodor Kjerulf, après un volume de jeunesse non sans mérite, se consacrait à la géologie. Le poète qui parut alors dominer le Parnasse norvégien fut Andréas Munch, mais la période à laquelle il présida ne fut pas éclatante : elle a été désignée, plus tard, comme “ l’interrègne ” d’Andréas Munch h

Né en 1 8 1 1 , il était fils d’un évêque poète, petit neveu d’un autre poète, cousin germain de l’historien P. A. Munch. C’était un homme aimable et doux, d’allure discrète. Il a été le plus parfait représentant du romantisme sentimental. Il semble fuir la vie :

1 Botten-Hansen : La Norvège littéraire , p. 8.

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