LE RÉPERTOIRE
du même auteur, malgré leurs intrigues ténébreuses et compliquées et leur construction parfois un peu lourde, restent d’intéressants mélodrames romantiques avec de belles parties lyriques.
Wergeland a aussi écrit des farces, qu’il signait d’un pseudonyme, Siful Sifadda. Réservant son nom pour ses œuvres plus positives, il se dédoublait ainsi lorsqu’il voulait railler les ridicules du jour. Il ne craignait pas d’y mettre en scène ses contemporains. Ce sont des comédies burlesques, pleines de bonne humeur en même temps que mordantes, souvent d’une fantaisie aristophanesque, et parfaitement injouables la plupart. (Deux, pourtant, ont été jouées à la Société des Etudiants). Si elles avaient été propres à la représentation, ce n’est pas sur le théâtre de Kristiania d’alors qu’aurait pu être rendu leur caractère national, on pourrait dire local, et parfois spécialement antidanois. Ainsi la question des langues arrêtait le développement et de l’art scénique et de l’art dramatique en Norvège. On peut croire que si Wergeland avait eu l’occasion de se voir jouer de façon satisfaisante, il aurait acquis toute l’aisance de facture désirable, et aurait pu composer des comédies satiriques destinées à la scène. Il reste qu’il a été, jusqu’au moment où débute Ibsen, le seul auteur dramatique norvégien qui ait cherché une forme de théâtre originale.
On passera en revue les autres écrivains dramatiques norvégiens — et ce sera vite fait — en examinant les divers genres, peu nombreux, qui étaient en vogue à Kristiania.
Le maitre reconnu du théâtre, l’auteur qu’on jouait le plus, ou du moins qui comptait le plus, était Oehlenschlâger, et c’était lui surtout que l’on s’efforçait d’imiter. Le seul Norvégien semble-t-il, dont on ait joué une pièce sur l’ancien théâtre, avant l’incendie, Bjerregaard, avait donné une tragédie selon
cette formule : Les fils de Magnus aux pieds nusy dont le sujet était pris aux sagas royales de Snorre (1829). Et ce fut une pièce du même genre qui fut choisie pour inaugurer le nouveau théâtre en 1837 * La jeunesse du roi Sverre , d’Andréas Much. L’auteur disait dans son prologue :
Oh, c’est le doux esprit de l’art qui nous enseigna le chemin de la brillante, hospitalière maison, où l’on peut pleurer sans tourment ni douleur, où l’on peut sourire sans rancune amère, où la pâleur lunaire du flambeau romantique peut adoucir le jour étouffant de la vie.
C’est un tel asile que nous voulons fonder
ici dans notre sombre bois de sapins de Norvège.
Et, en effet, le romantisme de La jeunesse du roi Sverre est bien d’une pâleur romantique. Le sujet — la vengeance d’une femme que Sverre, trop absorbé par son ambition, a oubliée — est bien compris et assez bien exposé, la pièce est simplement construite, et il y a des indications de caractères intéressantes. Et cependant la pièce est terne. Ce qui manque, c’est la vigueur, le relief. Le succès fut moins grand qu’on ne l’avait espéré.
Dans le même genre se sont encore exercés deux autres auteurs, Rolf Olsen et P. A. Jensen, avec un succès pareil.
Après Oehlenschlâger, c’était J. L. Heiberg, le “fabricant de Vaudevilles ”, comme l’appelait Wergeland, qui exerçait la plus grande grande influence sur les idées répandues en matière d’art dramatique, par ses études sur l’esthétique. Et ses pièces furent imitées. Même, un jour, on crut qu’en Rolf Olsen on allait avoir un vaudevilliste. Le Salon , ou l’Intrigue chez le boutiquier obtint jusqu’à 11 représentations, alors que les autres œuvres d’auteurs norvégiens n’en obtenaient jamais que trois ou quatre, et encore, surtout parcequ’on avait le sentiment