‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 28 sur 103 · LE RÉPERTOIRE · texte numérisé non relu

LE RÉPERTOIRE

qu’il fallait les encourager. C’était une pièce d’une bouffonnerie excessive, où l’on voyait la boutiquière esthétiser dans son salon pendant que le mari était au club, et où l’on reconnaissait en plusieurs personnages des modèles connus. Rolf Olsen renouvela cet essai, mais, cette fois, ne réussit pas, et renonça au théâtre. Un autre auteur, Hans Œrn Blom, obtint un succès un peu plus durable avec un vaudeville en un acte, seule pièce de cette époque qui fut maintenue au répertoire à cause des mélodies populaires qu’elle contient et de son appel au sentiment patriotique.

A total, de 1827 à 1850, onze auteurs norvégiens seulement, dont deux anonymes, ont fourni des pièces, qu’un public disposé à l’indulgence a rejetées sans contestation. Elles étaient pourtant conformes au goût du jour, et sans hardiesse de forme ou d’idées qui aurait pu les faire condamner si elles avaient été bonnes : elles procèdent toutes, sauf celles de Wergeland, soit d’Oehlenschlâger, soit de J. L. Heiberg.

Au nombre de dix-sept, elles ont obtenu, en tout, une cinquantaine de représentations (en 23 ans). Et il n’y avait progrès ni dans le nombre, ni dans la qualité des nouveautés norvégiennes.

C’étaient principalement les pièces danoises qui tenaient l’affiche, et surtout Oehlenschlager. Puis J. L. Heiberg, et, à sa suite Hertz, Overskou, Hostrup. On jouait aussi beaucoup de Holberg.

Parmi les grands écrivains étrangers, Schiller et Shakespeare n’étaient pas très rares. Molière, essayé, ne réussit pas. Mais le grand succès avait été, dans les premières années, pour Kotzebue, remplacé bientôt par Scribe et tous les écrivains français analogues.

Tout cela, dans un local médiocre, et avec des acteurs, il semble, seulement passables, n’attirait guère le public. De 1840

à 1850 le déficit annuel du théâtre a constamment augmenté. On voulait soutenir le théâtre comme une institution nationale, mais on se sentait peu encouragé. Le pays de Holberg et de Wessel ne pouvait-il donc plus produire de talents dramatiques ?

Le sentiment national était très vif parmi les Norvégiens. Après que la Norvège eut été séparée du Danemark, ce furent d’abord la Constitution et la Liberté qui parurent les vrais symboles de l’esprit norvégien : on n’aurait guère su comment les mettre en scène. Puis, les sagas semblèrent ce qu’il y avait plus spécifiquement national : les poètes ne parvinrent pas à en tirer de beaux drames. Vint enfin la période de l’idylle paysanne. A l’association des étudiants, on avait soutenu cette proposition : u que les paysannes et gardeuses norvégiennes pouvaient, aussi bien que les bergères d’Arcadie et de Sicile, donner matière à la poésie idyllique 1 La huldre tint une grande place dans les poèmes. Même Wergeland l’introduisit dans une pièce qu’il écrivît sur son lit de mort, La hutte de montagne . Un auteur de nouvelles paysannes, Œstgaard, pouvait écrire dans sa préface, en 1852 : “ Le national a été à la mode, on n’a eu besoin qu’à présenter une baratte et un vase à lait avec les attributs convenables de trompe de corne et de bruits de clochettes, sous le titre : Un châlet norvégien, et le public ravi s’est écrié : Comme c’est beau ! Comme c’est national ! ” Bjerregaard avait bien, déjà en 1825, avant la fondation du théâtre, publié, une pièce, U Aventure en montagne , où il mettait en scène des paysans : c’était trop tôt, et l’on n’avait pas songé, depuis, à la jouer2. Mais en 1850, une petite pièce en un acte, Au châlet , “ idylle drama-

1 Fredrik B. Wallem : Studentersamfundets historié , p. 248

a Trois représentations en ont été données, cependant, à la “Société dramatique ’* en 1844. (J. B. Halvorsen, Norsk Forf. Leks VI, p. 510, à propos de 1* Efterspil de Wergeland.)

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