‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 5 sur 103 · LITTERATURE PROVINCIALE · texte numérisé non relu

LITTERATURE PROVINCIALE

prononce : c< Dans la poésie sérieuse, il ne s’est pas élevé au-dessus du médiocre 1 Jugement, d’ailleurs, trop sommaire, car les citations qui l’accompagnent ne paraissent pas le justifier.

La littérature à forme de récit était beaucoup moins cultivée. D’un seul écrivain on a conservé le nom : Maurits Hansen, et on ne le lit plus. Il s’est essayé dans tous les genres du récit : épopée en prose prétendant imiter les sagas, histoires de brigands, histoires paysannes, romans par lettres, romans de formes plus modernes, nouvelles. Il a également composé des poèmes et des drames. Son malheur est d’avoir vécu à une époque dont la formule poétique convenait mal à son tempérament : le romantisme lui a fait écrire des œuvres comme la Saga de Htlde , — où de vagues réminiscenses des sagas et des contes populaires se mêlent bizarrement dans un récit de tonalité grise, nullement relevée par des recherches d’archaïsme, - — et lui a fait gâter ses meilleures inventions par des fables inutilement compliquées et bizarres, pleines d’enfants substitués, de mystères destinés à tenir le lecteur en suspens, et de cachettes. Beaucoup de ses histoires pourraient s’appeler : “ le secret dévoilé. ” On a dit que c’était peut-être de Maurits Hansen qu’Ibsen aurait appris à faire si souvent intervenir dans ses dénouements quelque incident du passé, oublié des uns, inconnu des autres2. Et si Henrik Ibsen a lu un certain nombre de romans de M. Hansen 3, il n’a pas pu, en effet, ne pas être frappé

1 Henrik Jæger : Illustrent Norsk Ltteratur-historie , II, ire partie, p. 79.

3 Chr. Collin, dans Ttlskueren , août 1906.

3 Rien ne l’implique positivement, Mais M. Hansen est mort en 1842, en période d’active production, et beaucoup de ses œuvres ont été publiées dans la revue L'Abeille, qu’Ibsen avait à sa disposition à Grimstad, c’est à dire en un temps où il lisait beaucoup (V. Hans Eitrem dans Maal og Mïnne , 1910, p. 47). Les œuvres complètes du romancier ont été publiées de 1850 à 1855.

de la fréquence de son procédé. Mais la différence est grande entre les deux auteurs dans la manière de le pratiquer, le secret ancien n’étant le plus souvent, chez M. Hansen, qu’une sorte d’ornement surajouté, tandis que chez Ibsen il est toujours le moteur même de la pièce. La mérite de M. Hansen est ailleurs : ce qu’il réussit bien, ce sont les scènes réalistes chez les grands paysans, ou dans les milieux bourgeois et petits-bourgeois — une conversation entre étudiants, par exemple. Car son malheur est encore d’avoir été seul écrivain narrateur, et ainsi de ne s’être pas spécialisé. S’il s’était contenté de composer des tableaux de genre d’un réalisme familier, d’après les milieux qu’il connaissait le mieux, il aurait laissé une œuvre plus durable.

Le poète H. A. Bjerregaard doit être encore mentionné ici, à cause de sa comédie V Aventure en montagne (1824), qui est restée au répertoire. Un bailli envoie son neveu arrêter des brigands. Le neveu arrête trois étudiants en excursion. Lorsque l’erreur est constatée, à la honte du neveu, il se découvre que l’un des étudiants était venu pour se rapprocher de la fille de bailli, fiancée au neveu qu’elle n’aimait pas. C’est, comme on voit, très innocent. Mais il y a des reparties vives, et des caractères bien dessinés. Le bailli, surtout, avec son sansgêne bonhomme à faire tourner sa charge au profit des siens et son habileté à enjôler les autorités supérieures, est un type amusant. Il y a là du bon comique.

Les écrivains de cette période sont tous des fonctionnaires, la plupart fils de pasteurs. Chacun d’eux vit dans la petite ville ou même le village, où l’attache sa charge, et ils ne recherchent pas Kristiania, qui n’est pas un centre. Ecrire ne constitue pas une profession. C’est plutôt une fantaisie d’amateur, un talent de société. Il fallait avoir un métier pour se permettre le passetemps d’écrire. La critique n’existait pas, et aurait été consi-

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