TOUS
sauf Lentulus .
Oui, Catilina, oui,... nous te suivrons !
STATILIUS On nous a trompés...
GABINIUS
On t’a calomnié !
COEPARIUS
On a raconté que tu voulais partir et ne pas t’occuper de l’affaire.
ŒUVRES DE GRIMSTAD CATILINA
C’était, mais ce n’est plus ainsi ; désormais je ne vis que pour ce seul grand dessein.
LENTULUS
Mais quel est-il, en somme, ton dessein ?
CATILINA
Mon dessein est plus vaste que tu ne penses... toi, et tous les autres peut-être. Amis, écoutez-moi ! D’abord, je veux gagner à notre cause tout citoyen épris de liberté, qui met l’honneur du peuple et le bien de la patrie au dessus de tout.
Le vieil esprit romain est encore vivant ;... le dernier feu n’en est pas tout à fait éteint.
Il s’agit d’y souffler des flammes claires, plus brillantes qu’elles ne s’élevèrent jamais.
Hélas, trop longtemps, ténèbres de servage, noires comme la nuit, enveloppèrent Rome.
Cet empire... pour orgueilleux et puissant qu’il paraisse... chancelle au bord de l’abîme.
11 faut une forte main pour saisir les rênes ; il faut purifier, nettoyer à fond ; réveiller du sommeil cette société veule ; réduire à néant la puissance des drôles qui sèment leur poison dans les cœurs, et tuent les derniers germes d’une vie renouvelée.
Oui,... je favoriserai la liberté civile,... et l’esprit civique, tel qu’aux temps anciens il commandait ici. Je ferai revivre l’âge d’or où tout Romain avec joie
donnait sa vie pour la gloire de la patrie,
et sacrifiait biens et patrimoine au bonheur du peuple !
LENTULUS
Tu rêves, Catilina! Ce n’était pas ainsi que nous l’entendions.
GABINIUS
A quoi nous sert de restaurer ces temps anciens avec leur naïve simplicité ?
QUELQUES-UNS Non !
C’est la puissance que nous voulons...
D’AUTRES
...les moyens
de mener la vie libre et sans souci !
VOIX NOMBREUSES
Oui, voilà le but !
COEPARIUS
Irons-nous, pour le bonheur ou la liberté d’autres, risquer notre vie sur un coup de dés ?
TOUTE LA TROUPE Les fruits de la victoire pour nous !
CATILINA
Race vile !
Etes-vous les rejetons des grands aïeux ? Accumuler la honte sur vos familles est votre manière d’en protéger l’éclat !
LENTULUS
Tu oses nous insulter,... toi, dès longtemps un épouvantail...
Oui, c’est vrai ;
j’étais la terreur des bonnes gens ; pourtant jamais je ne fus aussi infâme que vous!
LENTULUS
Assez, tais-toi ! Nous ne tolérons pas ton mépris. PLUSIEURS
Non, non,... nous ne voulons pas...
CATILINA
calme .
Vraiment? Lâche engeance,...
vous osez encore vouloir quelque chose, vous ?
LENTULUS
Ah, assez, à bas !
VOIX NOMBREUSES Oui, à bas Catilina !
Ils tirent leurs poignards et se précipitent sur lui; Catilina tranquillement découvre
sa poitrine et les regarde avec un froid sourire de mépris ; ils laissent retomber les poignards .
CATILINA
Frappez! Vous n’osez pas? Oh, amis, amis,... je vous estimerais, si vous transperciez la poitrine découverte que vous menacez.
N’y a-t-il plus en vous trace de courage?
QUELQUES-UNS Il veut notre bien !
D’AUTRES
Nous avons mérité son mépris.
CATILINA
En effet... Pourtant... voici l’heure venue où vous pouvez effacer le signe de honte.
Tout ce qui est du passé, nous l’oublierons;... une vie nouvelle nous appelle, prochaine.
Avec amertume.
Fou que je suis ! Espérer,... croire vaincre par vous! Le génie de la victoire est-il dans cette troupe déchue ?
Transporté .
J’eus un beau rêve un jour, de grandes visions m’enchantèrent, passant devant mon regard.
Je rêvai que, comme Icare, bien haut sous la voûte du ciel, ailé, je volais ; je rêvai que les dieux douaient mes mains
d’une force de géant, m’offraient le fulgurant éclair.
Et cette main saisit la foudre au vol, et la lança sur la ville, tout en bas.
Alors montèrent les flammes, rouges langues, et Rome s’affaissa, poussière de bruns débris,... et je criai d’une voix forte et puissante, j’évoquai les parents de Caton dans leur tombe ; et mille esprits vinrent, prompts à l’appel,... prirent vie,... et relevèrent Rome de sa cendre.
S’interrompant.
Des rêves, seulement. Nuis dieux ne rappellent les temps abolis à la lumière du jour,... les esprits du passé ne se lèvent pas de la tombe.
Emporté.
Eh bien, si l’antique Rome ne peut être relevée par cette main,... notre Rome périra !
Bientôt, où les colonnades de marbre se dressent, les colonnes de fumée tournoieront au fracas du feu ; palais, temples, s’effondreront en décombres, et le Capitole sera précipité de sa hauteur !
Jurez, amis, que vous vous consacrez à cette œuvre ! Je me mets à la tête.
Dites... voulez-vous me suivre ?
STATILIUS
Nous te suivrons !
Plusieurs des autres paraissent hésitants et chuchotent entre eux. Catilina les observe d'un regard méprisant .
LENTULUS
à voix basse.
Le mieux est de le suivre. Parmi les débris nous trouverons mieux ce qui était notre but.
TOUS criant.
Oui, Catilina, nous te suivrons !
Jurez moi donc par les dieux de nos pères que vous m’obéirez au moindre signe !