ACTE II
Les corrections deviennent beaucoup plus nombreuses, il n’y a plus guère qu’un quart des vers exactement conservés. Je vois des vers intervertis, un vers supprimé, dont le contenu est comprimé dans les vers voisins. Dans la scène entre les conjurés, telle réplique d’abord attribuée à un seul a été plus tard partagée entre plusieurs. Mais ce sont là seulement des changements de forme.
Dans le discours où Catilina (p. 254) parle d’une société nouvelle, disant qu’il faut
réveiller du sommeil cette société veule, etc.
il parlait seulement, dans l’édition primitive, de restaurer la société ancienne :
il faut rappeler la vieille Rome à la vie, il faut détruire toute la bassesse qui se trouve ici, et qui bientôt étoufferait le dernier reste de l’esprit de liberté.
Evidemment l’idée de restaurer le passé, en 1875, choquait Ibsen.
Dans le véritable monologue prononcé par Catilina devant les conjurés (p. 257-258), ce qui est devenu récit d’un rêve était — plus naturellement — l’expression imagée des sentiments de Catilina au moment où il parle :
LA PREMIÈRE EDITION
Mais non ! que puis-je bien espérer de vous ?
Le courage, l’âme romaine, se trouvent-ils ici ?
Avec passion .
J’ai fait de beaux rêves, jadis, de fiers projets ont gonflé ma poitrine... c’est bien fini !
Ah, si je pouvais, comme Icare, haut à travers l’éther bleu planer ailé ; et si alors les grands dieux à cette main accordaient un instant une force de géant, je saisirais la foudre dans son vol et la précipiterais contre cette ville.
Et quand les flammes claires monteraient, quand Rome tomberait en poussière de ruines, je rappellerais de la tombe à la vie le vieil esprit romain si longtemps aboli.
S* interrompant .
Hélas, ce ne sont que visions de rêve ! Ah, les temps disparus ne reviennent plus, non plus que les esprits du fier passé !
Un instant après Catilina dit aux conjurés d’aller chez lui prendre des armes :
réunis là, nous nous concerterons.
Ce vers est remplacé dans la seconde édition par un ordre plus ferme (p. 259) :
Je viendrai ensuite ; vous apprendrez quel plan j’ai choisi. Allez maintenant !
Au cours de la scène entre Curius et Furia (p. 263), les changements, sans affecter en rien Tordre du dialogue, deviennent de plus en plus considérables. Je donne ici deux passages du texte primitif. Pour le premier, voir p. 265, vers 3.
FÜRIA
Tais-toi, jeune homme, tais-toi ! vain est ton discours, j’appartiens à la tombe, elle est ma demeure, — je suis montée des sombres vallées de la mort ; au point du jour je m’enfuirai vers elles, là est mon séjour, parmi les pâles ombres du palais de Pluton circule Furia ; — sache, Curius, sache que je viens de monter du sombre monde souterrain....
CURIUS
Eh bien,
conduis-moi donc, je suis prêt à t’y suivre, quand la route irait par la nuit de la mort !
FURIA
Non, non ! ce que les ombres de la tombe cachent, ne peut être atteint par nul regard terrestre !
— Mon temps est court, il faut que j’en profite, les brèves heures de nuit me sont seules données, — mon œuvre est de ténèbre, comme moi. —
...Dis-moi, Catilina est ici ? — là-dedans ?
CURIUS
C’est lui que tu cherches ? Tu le poursuis encore ?
FURIA
Pourquoi suis-je montée du monde souterrain si ce n’est afin de poursuivre Catilina ?
curius ( vivement )
Ah, femme terrible ; c’est de la folie...
...mais que tu es belle en ta colère farouche !
Oh, Furia, ne pense plus à Catilina, suis-moi, j’obéirai à ton moindre signe, comme l’esclave, je me roulerai à tes pieds,
LA PREMIÈRE ÉDITION 329
Il s agenouille.
pour un simple regard, écoute-moi, Furia !
Je t’aime, mais cette flamme me consume,
— Hercule a moins souffert, quand le poison dévorait sa poitrine...
La fln de la scène, à partir du vers 3 de la page 270 était ainsi :
FURIA
Rien ne me liera plus à Catilina
j’aurai rempli ma tâche. N’exige rien de plus...
CURIUS
J’irai... ah Furia ! quel orage en moi !
Tu hésites, lâche...
CURIUS
...Non, par les esprits infernaux !
Je veux ! Lui seul me sépare de toi,
Oui, il tombera — éteinte est toute lueur de ce qui jadis flambait en mon coeur !
Ah, terrible femme, auprès de toi soudain
se pétrifie tout sentiment dont la douceur
animait mon sein, et même mon amour
est pareil à la haine plus qu’à la tendresse ; — je ne
me reconnais plus, je saute aveuglément
au plus profond abîme pour te suivre...
oui, il tombera, je vais à l’instant même
tout révéler. — Attends-moi ici !
furia, a pris un silence Bientôt ma tâche sera finie, Catilina.
A pas rapides tu t’approches de ton but !...
Les idées exprimées par Catilina, dans le court monologue qui vient après la sortie d’Ambiorix et d’Ollovico, (p. 273) étaient d’abord plus sommairement exprimées :
Ah, espoir désespéré, oui, vraiment !
Vouloir renverser Rome avec une troupe de pareils lâches, mus seulement par leur détresse et leur rapacité ; — qu’ai-je à gagner, moi ?
fu Ri A, derrière les arbres ...La vengeance, Catilina !
CATILINA
Dieux, qu’était cela ? Est-elle venue, cette voix, du fond de moi-même ? Vengeance, soit,
Oui, je le veux ! Vengeance pour tout espoir qui me fut ravi, vengeance pour tout projet que la fortune hostile m’a brisé !