‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 91 sur 103 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Les vers sans changements ne sont pas nombreux — un cinquième au plus. Parfois un vers ancien s’est dilué en deux dans l’édition définitive, et parfois aussi des vers entièrement nouveaux ont été ajoutés. Mais jusqu’au bout le sens de chaque phrase a presque toujours été conservé, ainsi que les images. Ibsen n’a vraiment fait que récrire son œuvre de jeunesse. Par le nombre des mots changés, les variantes deviennent de plus en plus importantes, sans que, la plupart du temps, il y ait pour cela plus de raisons de les indiquer que celles du premier acte. Pourtant, les modifications de texte plus profondes ont nécessairement entrainé des variations dans le sens et les images. Pour les variantes notées ci-après, le renvoi aux vers du drame définitif est suivi de la traduction de leur forme primitive.

page 281, vers I 2

des figures parées de fleurs venues d’une meilleure demeure

LA PREMIÈRE ÉDITION

page 281, vers 23-26 :

tandis que la foule d’images ondulait sans cesse ; — puis leur partie fut finie, et à terre tombe l’une, celle aux clairs regards d’amour si doux ; et les belles figures de lumière partirent avec elle, page 282-283 :

Oui, tu as raison ; je veux chasser cette pensée.

Ah, c’est lâche de rêvasser ainsi ; mais à cette heure du minuit silencieux j’éprouve parfois un sentiment étrange.

Ça va passer bientôt. Laisse moi, Manlius ; repose-toi, si tu veux. Je marcherai un moment en tête à tête avec mes pensées. Va !

page 285, vers 6-10 :

Avec une terreur mêlée d’admiration, les regards monteraient vers moi, que nul jamais ni avant ni depuis n’aura osé atteindre.

page 292, les deux derniers vers et p. 293, les deux premiers : Dès demain nous marcherons contre Rome, nous recueillerons partout des partisans...

p. 295, les vers 10 et 1 1 sont ajoutés, ainsi que le dernier vers, p. 196.

p. 298, vers 15-16 :

je me sentais tout à l’heure veule, abattu, mais c’est passé ; — mon courage est ranimé par le danger, — fièrement j’y ferai face !

même page, le dernier vers est ajouté, page 299, vers 14-17 :

Eh bien, partons ! Notre mort va nous vouer à l’immortalité. Les temps lointains se

souviendront de nous avec admiration...

... ou épouvante !

page 302, à partir du vers 1 :

Catilina, luttant contre lui-même Ah, quelle tempête en ce cœur, mais...

il ne peut en être autrement ; — eh bien,

Suivez-moi, partons !

AURELIA, se jette dans ses bras O Catilina,

ne t’en va pas, ou bien je t’accompagne !

CATILINA

Non, non, Aurélia.

FURIA, méprisante

Mais si, laisse-la donc, il est digne de ta lâche faiblesse, de tomber dans la bataille au côté d’une femme !

Catilina, repousse Aurélia violemment

Ah,

moi, faible ! Non, non, par les dieux infernaux !

A vec fureur .

J’arrache de mon cœur tout sentiment,... seule y brûle l’ardeur des combats sanglants.

C’est cela, c’est bien, mon fier Catilina !

CATILINA

Que la mort attende menaçante et certaine... c’est mon désir que...

AURELIA

Ecoute-moi, Catilina, ne me repousse pas ; par mon amour je te conjure...

LA PREMIÈRE ÉDITION

CATILINA

Tais-toi ! en ma poitrine l’amour n’existe plus...

AURELIA

O dieux cléments !

Elle s appuie , accablée contre l'arbre situé prés de la tente . Catilina, aux hommes Maintenant, partons !

MANLIUS

J’entends un bruit d’armes.

PLUSIEURS

Ils s’approchent !

CATILINA

Allons à leur rencontre.

La voix de l’honneur sonne haut dans nos cœurs, nous la suivrons, — et périrons par l’épée !

Page 305, vers 14, il y avait d’abord “mon amour”, et non “ notre”. Même page, vers 20, les violettes ont remplacé les lis, moins printaniers.

A partir du grand monologue de Furia, page 306, vers 15, les changements deviennent presque constamment si importants, sauf dans la toute dernière page, que je donne ici la traduction suivie de toute la fin du drame.

furia, regarde fixement à travers les arbres au fond

Tu peux aller, aveugle, — je suis sans crainte ; je tiens ma victoire certaine dans ma main,

— entends le bruit du combat, prochaine est l’heure. C’est une clameur sourde, il lutte encore, bientôt le champ sera un cimetière muet.

La lune s’est cachée, cette heure est belle, bientôt il sera là, gisant, les yeux vitreux. —

Alors je le regarderai, avant d’aller parmi les ombres pâles le chercher.

Elle écoute.

Déjà le silence peu à peu se répand, le combat va se taire, son âme peut-être d’un léger coup d’ailes vole vers sa demeure. —

, Oh, qu’il est beau, ici, au sombre bois, d’entendre, par la nuit, le dernier soupir qui résonne dans une lutte avec la mort.

Avec une joie farouche .

C’est une belle, une agréable musique,

— écoutez, le hibou s’y mêle, — il leur souhaite la bienvenue en son lugubre royaume !

Après un silence.

Maintenant règne un silence de tombe ; — déjà les vainqueurs quittent le champ de bataille, et seuls les morts y reposent, muets,

— ils y sommeilleront de longs, longs jours, les rayons du soleil blanchiront leurs os,

et les corbeaux rapaces voltigeront sur eux.

Un silence .

Ah, qu’est ce, là, qui sur la plaine se remue comme la brume du matin, quand humide, grise, elle glisse en masses épaisses sur le marais.

Cela s’approche, je le distingue mieux,

— c’est un guerrier au pas incertain, las, ah, c’est une des ombres des héros tombés !

Elle se met un peu a /’ écart. Catilina entre , tète basse , yeux égarés .

“Tu tomberas de ta propre main, mais un autre portera le coup. ”

Tels furent ses derniers mots quand il disparut ; que voulait-il dire ? — je ne comprends pas l’énigme ! FURÏA

Bienvenu au retour du combat, Catilina !

CATILINA

Ah, qui es-tu ?

Tu ne me reconnais plus?

CATILINA

C’est toi, Furia. Tu me dis la bienvenue.

FURIA

Je suis ton génie, la déesse qui te récompensera ! tiens, reçois de ma main la couronne de victoire.

Elle cueille quelques fleurs , dont pendant Us répliques suivantes elle tresse une couronne .

CATILINA

Que veux-tu dire ?

FURIA

Je veux couronner ton front !

Mais dis-moi, pourquoi reviens-tu si seul ?

Pourquoi tes amis ne sont-ils pas avec toi ?...

CATILINA

Ils dorment, Furia...

FURIA

Ils dorment, dis-tu ?

CATILINA

Oui, oui, ils dorment ; va derrière le bois, ils gisent silencieux au clair de lune,

tu les trouveras là couchés par rangs ; tous endormis au chant berceur des épées.

Mais, Furia, peux-tu comprendre cela ; j’avais cru jusqu’ici le dormeur paisible, quand le cours du sang de son cœur était à sec. FURIA

Eh bien, n’en est-il pas ainsi ?

CATILINA

Non, écoute !

J’ai livré un furieux combat au premier rang ; j’ai cherché la mort sous le tranchant du glaive, et autour de moi mes amis succombaient au sommeil de mort que seul je ne trouvais pas et lorsque tous furent étendus à terre, et quand partirent les troupes ennemies, — je restai là, interdit, où la bataille naguère grondait. — Tout était paisible, — la lune, aux crevasses du nuage, brillait, lueur terne sur les visages pâles des morts ; — ils m’entouraient avec leurs yeux vitreux, leurs bouches grimaçantes au fauve sourire ; il me semblait qu’ils étaient là rêvant, railleurs, pleins de mépris et de menaces, — qu’ils exigeaient que je leur rendisse leur sang. FURIA

Non, Catilina, non, ce n’est pas cela, — ils te faisaient seulement signe de les suivre.

CATILINA

Heureux si je l’avais pu...

FURIA

Allons, ne pense

LA PREMIÈRE ÉDITION

plus à cela, — viens, je veux te parer de la couronne, du prix de ta victoire !

Elle lui tend la couronne .

CATILINA

Fi, qu’est cela... une couronne de pavots...

FURIA, avec une gaieté farouche.

Eh bien,

sont-ce pas de belles fleurs, — vois, elles brillent au clair de lune, comme du sang chaud...

CATILINA

Non, jette les, l’éclat en est affreux.

furia, riant .

Eh bien, si tu aimes les couleurs pâles, blafardes, je t’offrirai la verte couronne d’algues que portait Tullia dans ses boucles, lorsque son cadavre voguait sur les eaux du Tibre !

CATILINA

Ah, quelles images !...

FURIA

Ou bien faut-il, peut-être, aller chercher l’herbe dans les rues de Rome, aux endroits tachés du sang des citoyens que ta main a versé, mon Catilina !

Arrête...

FURIA

Ou bien faut-il que je t’apporte une couronne des feuilles du bois, fanées, quand elles furent témoins de la malédiction qui vint aux lèvres de la fille séduite...

CATILINA

Ah, es-tu donc un démon...

FURIA

Oui, près du but

le voyageur lassé regarde en arrière.

CATILINA

Suis-je donc près de mon but ?

FURIA

Si tu le veux...

CATILINA

Si je veux ? Oui, certes ! ah, tes horribles paroles ont dressé dans mon âme une foule d’images...

Violemment .

Qu’est-ce donc que vous me voulez, pâles ombres, laissez-moi en paix, que me demandez vous ?

Reviens à toi, tu es tout bouleversé... viens, que je pose la couronne sur tes cheveux... elle a une puissante, efficace vertu, elle calme et endort, — elle donne l’oubli. — Catilina, songeur .

L’oubli, dis-tu, ah oui, c’est bien le mot, presse, presse donc la couronne sur mon front.

furia, lui met la couronne sur la tête .

Te voilà paré, — ainsi tu te présenteras au prince des ténèbres, mon Catilina !

CATILINA

Oui, oui, je le veux, — j’aspire au repos,... mon âme s’est épuisée aux luttes de la vie ; — elle dormira maintenant, — tout y est noir

LA PREMIÈRE EDITION

comme cette nuit ; pourtant, j’aperçois encore une étoile, là, qui luit à travers l’ombre...

Il se pose la main sur la poitrine .

furia, a part .

Ah, c’est elle...

CATILINA

... Cette étoile m’arrête, je ne peux pas te suivre, avant que l’éclat en soit éteint tout à fait. — Oh, il fut un temps où elle rayonnait autant que l’étoile du ciel, là-haut, près du noir bord de ce nuage. Maintenant, elle est terne, lueur embrumée...

Eteins-la tout-à-fait !...

CATILINA

Ah ! que veux-tu dire !

FURIA

Tu as ton poignard encore, — deux pouces d’acier suffisent, et ce cœur ne battra plus, qui s’est interposé, hostile, entre nous.

CATILINA

Oh, je comprends... Aurélia... non, non, je l’avais oubliée, je ne sais moi-même, il me semble que tout serait bien et calme en mon âme, si seulement je posais ma tête sur son sein, et oubliais,

... oubliais tout...

FURIA

Non, c’est de la folie

d’avoir encore de telles idées, — mais, à ta guise,

je pars maintenant, vois si tu peux trouver près d’elle ton calme depuis longtemps perdu.

Avec une violence cr ornante.

Insensé, crois-tu donc que les pâles morts te laisseront en paix, — non, non, ils iront se grouper, foule farouche, autour de toi ; leurs yeux affreusement fixés sur toi demanderont vengeance...

Ah, tu as raison.

Il regarde autour de lui , hagard :

Sur terre nulle paix ne germe pour moi, — je te suis au pays d’ombres de la mort ; —

... oui, elle mourra ! — elle est le lien qui m’attache encore à la vie...

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