‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 95 sur 103 · IL — LE TRAVAIL A SA RÉCOMPENSE EN LUI-MÊME · texte numérisé non relu

IL — LE TRAVAIL A SA RÉCOMPENSE EN LUI-MÊME

Par travail on entend tout effort pour atteindre le résultat prévu, utile, d’une activité combinée à cet effet. Ce mot enferme ainsi une signification plus étendue que celle qui lui est habituellement attribuée, à savoir une application fatigante des forces physiques ; l’activité intellectuelle dont on se sert dans les conditions indiquées s’appelle aussi travail, et à elle, aussi bien qu’à toute autre activité utile s’applique la phrase : Le travail a sa récompense en lui-même.

La nature de l’homme comprend des aptitudes à l’activité, et la possession de ces aptitudes est naturellement un bien, mais ce bien ne consiste pas dans leur simple présence, il n’est suscité, au contraire, que par leur emploi en vue du but pour lequel elles sont données, à savoir l’activité. Le travail est donc le moyen par lequel nous entrons pour ainsi dire en possession de nos aptitudes, considérées comme un bien ; car une aptitude dont on ne se sert pas est un néant, et une aptitude employée dans un but nuisible et fâcheux est même, dans ses conséquences, un mal ; mais toute activité par laquelle on se propose un résultat utile, est travail, — par suite le travail n’est pas seulement le moyen, mais encore il est le seul moyen par lequel nos aptitudes à l’activité deviennent pour nous un bien.

Soit que l’homme soit amené à l’activité par le penchant qui, à différents degrés, est inné chez tous, soit que les conditions

de sa vie l’y contraignent, le résultat est toujours le même. Dans le premier cas il suit son inclination, et par là il est assez dédommagé de sa peine, dans le second cas il agit par contrainte ; mais cette contrainte est en réalité un bien, puisqu’elle le met en mesure d’améliorer sa situation et d’acquérir des moyens plus larges de bien-être et de jouissance.

Ce n’est pas toutefois le bénéfice matériel de l’activité qu’il faut entendre par la récompense qui réside dans le travail, puisque ce bénéfice apparaît plutôt comme une conséquence du travail. Par la rémunération incluse dans le travail, on entend, au contraire, l’utilité qui est liée au travail lui-même indépendamment de ses résultats, et elle consiste principalement : — En ce que le corps se fortifie, et, par suite, la santé se maintient, l’âme est encouragée, et ennoblie parceque la pensée est dirigée vers un but utile, les idées se clarifient et un champ de plus en plus vaste s’ouvre à l’esprit de recherche, et ainsi celui qui exerce une activité intellectuelle est amené à la conscience d’avoir fait un pas vers le grand but, la perfection — pour autant qu’il est donné à la race humaine d’y atteindre jamais dans cette vie.

III.— POURQUOI UNE NATION DOIT-ELLE CHERCHER À CONSERVER LA LANGUE ET LES SOUVENIRS DE SES ANCÊTRES ?

C’est seulement par une influence des traditions du passé, prolongé de génération en génération à travers les siècles, que parvient à se développer cette particularité dans les conceptions et les manières de voir, qui, lorsqu’elle se manifeste assez étroitement définie, arrive à prendre le nom de caractère

national d’un peuple, en même temps que les résultats acquis par les ancêtres sont la propriété de leur postérité, et la possession en est commune à chaque individu du groupe social auquel il appartient ; c’est justement dans ce droit commun d’appropriation qu’il faut chercher la raison de la cohésion intime et de la délimitation extérieure qui, seules, peuvent maintenir l’existence d’un peuple, car c’est là que la nationalité a sa racine, ou plutôt, peut-être, cela est la nationalité elle-même.

Mais si les liens qui unissent entre eux les individus d’une nation doivent être principalement cherchés dans ce droit d’héritage commun sur l’histoire et l’action des aïeux, en sorte que, naturellement, il doit être d’une importance considérable pour la nation de s’assurer la plus grande certitude possible au sujet de la validité de son approbation du passé, — elle doit s’efforcer de mainterir et d’éclaircir tout ce qui rappelle les ancêtres, et, avant tout, la langue, ce témoin vivant de l’origine commune d’un peuple.

C’est seulement par les souvenirs que les ancêtres vivent encore parmi nous, c’est par les souvenirs seuls que nous parvenons à nous assimiler le passé, — mais c’est sur le passé que repose l’état de choses présent ; si la base est ébranlée, il faut aussi que la construction fondée sur elle vacille. — • Un peuple sans passé ou sans souvenirs du passé n’a pas de point d’appui dans le danger ; si le souvenir témoigne d’une antique grandeur, il implique une exhortation à n’en pas ternir l’éclat, — si le souvenir est lamentable, il enferme encore un trésor d’expériences. Dans la poitrine de tout homme est déposé un certain sentiment de piété envers les notions et les impressions reçues dans son enfance ; si l’on se représente une nation comme un individu, le passé devient alors ses souvenirs d’enfance, — ils parleront toujours un langage consolateur et avertisseur, ils

seront une protection puissante contre la démoralisation, d’où que celle-ci puisse provenir.

Dans le fait de reconnaître la signification des souvenirs des ancêtres, d’ailleurs, réside une obligation de les maintenir. Ceci ne s’applique pas seulement, bien entendu, aux monuments visibles du passé, mais aussi à tout témoin spirituel, tout trait inscrit dans le caractère populaire, et venu des temps abolis, et spécialement à la conservation de la langue, qui, certes, constitue un des liens les plus importants entre eux et nous. Ceci ne veut pas dire qu’une nation doit, par la stagnation et un attachement déraisonnable à ce qui est vieux, protéger le passé et ses souvenirs ; c’est, au contraire, en développant et ennoblissant ce qu’ils ont reçu, sans jamais en perdre de vue l’origine, que les successeurs honorent justement la mémoire des générations qui leur ont transmis le riche héritage du passé.

Mais envers les temps à venir aussi, le peuple, sous ce rapport, a des obligations ; ce que les ancêtres ont fait pour les générations actuelles, celles-ci doivent le remettre à celles qui viennent ; car le présent aussi appartient au passé dès qu’il s’agit de l’instant suivant, et c’est l’œuvre du présent, de clarifier, et, autant que possible, de réaliser ce que les générations disparues ont commencé, pensé ou pressenti, puisque c’est sur cette base que les espérances de l’avenir doivent se fonder.

Afin d’éviter l’abus des termes techniques, et de ne rien préjuger en faveur d’aucune théorie sur la prosodie, la métrique de chaque poème sera indiquée de la façon suivante :

Par le nombre des pieds, on entendra le nombre des syllabes fortes. Si donc il est dit qu’un vers ïambique est féminin, cela implique qu’il a une syllabe faible complémentaire. S’il est dit qu’un vers trochaïque est masculin, cela implique que la syllabe faible du dernier pied manque.

Un vers est dit ïambique, anapestique, etc., régulier , toutes les fois que les pieds autres que le dernier sont uniformément, dans chaque vers, des ïambes, des anapestes, etc.

Toutefois, comme il n’arrive presque jamais qu’il y ait plus d’une syllabe faible au commencement d’un vers, un vers anapestique doit être considéré comme régulier, même lorsque le premier pied est un ïambe.

65-134. — Ces vingt-six poèmes sont réunis dans un cahier manuscrit, d’une écriture soignée, ayant pour titre : Poésies mêlées . Années 1848, 1849 et 1850. Sous le titre du premier poème est écrit le millésime 1847; au dessus du cinquième, “la Source du Souvenir”, est la date 1849; au dessus du dix-huitième, “Aux Poètes de la Norvège”, il y a : “ Poèmes de 1850 Il semble bien que c’est là un cahier prêt pour l’impression, où Ibsen, avant de

quitter Grimstad, a fait un choix des poèmes qu’il y avait composés, et les a recopiés à peu près dans leur ordre chronologique. Que ces poèmes aient tous été écrits à Grimstad, cela résulte de la date que porte l’avant dernier et de la circonstance qui a suggéré le dernier. Ibsen, d’ailleurs, dans les premiers temps de son séjour à Kristiania, n’a guère pu songer à grossir son recueil.

On peut donc admettre que le premier de ces poèmes est de 1847, les quatre suivants de 1848, etc. Toutefois, les notes qui suivent montrent que, au moins pour la suite des poèmes de 1849, l’ordre chronologique n’a pas toujours été observé, mais on peut supposer que les interversions n’ont été faites qu’en vue de grouper les poèmes de même nature, sans troubler l’ordre dans chaque groupe.

67. — Résignation. — Vers trochaïques réguliers, de quatre pieds, à rimes alternées, masculines et féminines.

Rythme fréquent.

68. — Au bord de la mer. — Strophe de huit vers composés d’un ïambe et d’un anapeste, à rimes alternées, féminines et masculines. Parfois la syllabe faible du commencement manque.

Cette strophe est rare; on la trouve exactement dans Oehlenschlager (Poet. Skr., T. 13, p. 38), qui a des rythmes analogues assez fréquemment ; une strophe à peine différente existe chez Wergeland ( Digter vœrker og Pros. Skr., I, p. 452).

70. — Doute et espoir. — Strophe de huit vers ïambiques réguliers, alternativement de quatre et de trois pieds, à rimes alternées, toutes masculines.

Rythme assez fréquent.

73, — Le chêne géant. — Strophe de huit vers anapestiques de quatre pieds, sauf le second et le quatrième, qui ont trois pieds. Rimes alternées, masculines et féminines.

Je ne connais d’autre exemple de cette strophe que I Kivledal, poème de Welhaven, emprunté à une légende d’Andréas Faye, et

paru en décembre 1847 ( Halvhundrede Digte , p. 1 18). Dans le même recueil, Harald fra Reine a une strophe très analogue.

Svea et N or, personnifications de la Suède et de la Norvège.

La mer de Codan — sinus Codanus — est la mer Baltique.

75. — La source du Souvenir. — Strophe de quatre vers anapestiques, alternativement masculins, de quatre pieds, et féminins, de trois pieds, rimés.

Strophe assez fréquente, particulièrement chez Oehlenschlüger et Welhaven.

77. — La Danse macabre. — Strophe de huit vers anapestiques de trois pieds à rimes alternées, le premier et le troisième vers étant seuls féminins.

Exemples assez fréquents chez Wergeland et Welhaven, mais presque toujours avec rimes féminines aux cinquième et septième vers.

79. — Souvenir des adieux. — Strophe de quatre vers anapestiques presque réguliers, alternativement masculins, de quatre pieds, et féminins, de trois pieds, rimés.

Rythme assez fréquent, mais où, ordinairement, l’ïambe prédomine davantage.

Ole Schulerud, à qui ce poème est adressé à l’occasion de son départ, dut s’embarquer de manière à être à Kristiania le 2 septembre.

80. — Soir d’automne. — Strophe de dix vers trochaïques réguliers de quatre pieds. Rimes masculines aux vers 1 et 4, 7 et 10 ; rimes féminines aux vers 2 et 3, 5 et 6, 8 et 9.

Vers très fréquents. La strophe paraît être de l’invention d’Ibsen.

Sku/day norne (parque) qui présage l’avenir.

83. — Instant radieux. — Strophes de six vers anapestiques réguliers (même au premier pied,) tous masculins, comprenant deux tercets, dans chacun desquels les deux premiers vers ont deux pieds, et riment ensemble ; les troisièmes vers des tercets ont trois pieds, et riment ensemble.

Ce poème, comme l’a remarqué M. Hans Eitrem ( Maal og Minne , 1910, est composé sur une mélodie connue, celle d’un poème patriotique d’Andréas Munch, placé en tête de son recueil de 1836. Le premier et le troisième vers de chaque quatrain a seulement été coupé en deux, ce qui donne, avec le même nombre total des mêmes pieds, une strophe de six vers.

85. — Promenade au clair de lune sur la mer. — Strophes de huit vers anapestiques réguliers de quatre pieds, rimes, tous féminins, sauf le second et le quatrième.

Cette strophe ne diffère guère de celle du poème suivant <£ En automne ” que par la syllabe faible au commencement de chaque vers. Encore cette syllabe manque-t-elle à plusieurs vers.

87. — Impressions de minuit. — Strophes de huit vers dactyliques de trois pieds à rimes alternées, féminines et masculines.

Vers très rares. La strophe, pourtant, est presque celle d’un poème intercalé dans La Chanteuse d’Andréas Munch.

Le Nixe ( Nœkken ) “ se tient surtout dans les fleuves et les lacs, et aussi parfois dans les fjords. Il veut avoir une victime humaine annuelle, aussi dit-on que dans tout fleuve ou toute pièce d’eau dont un noek a fait son séjour, il disparaît une personne au moins tous les ans, et quand quelqu’un doit périr noyé, on entend souvent le noek crier d’une vilaine voix rauque : “ Saute ! ” . Mais il n’est dange¬

reux qu’après le coucher du soleil M. (Andréas Faye : Ncrske Sagn , P. 50-51).

90. —A l’étoile. — Strophe de quatre vers trochaïques réguliers, alternativement masculins, de quatre pieds, et féminins, de trois pieds, rimés.

Rythme assez fréquent.

“ Dédié à C. E. ”, c’est à dire Clara Ebbell. (V. la notice, p. 56).

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