‹ Œuvres complètes. tome quatorzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 139 sur 169 · P. 504, 1. 23. — Hedda. — Vous et elle · texte numérisé non relu

P. 504, 1. 23. — Hedda. — Vous et elle

Lôvborg. — Je n'ai plus que faire de toi, Thea !

Madame Elfsted. — Oh, comment peux-tu dire cela ! Plus que faire de moi ! Il faut bien que je t'aide. Surtout maintenant î Nous travaillerons ensemble.

Lôvborg. - — C'est fini. Jamais plus je ne travaillerai. Et surtout pas avec toi.

Madame Elfsted. — Mais qu'est-ce qui s'est passé !

Lôvborg. — Qn'il en soit comme on voudra. Mais la camaraderie entre nous deux est désormais close.

Madame Elfsted. — Oh mais c'est pour moi tout à fait inconcevable. A quoi est-ce que j'emploierai ma vie, alors?

Lôvborg. — Tu essayeras de vivre ta vie comme si tu ne m'avais jamais connu.

Madame Elfsted. — Mais je ne le peux pas ! Comment peux-tu t’imaginer cela I

Lôvborg. — Essaye, Thea. Tu rentreras chez toi...

Madame Elfsted, avec un cri. — Ah,... tu peux dire cela ! Rentrer ! Te quitter !

Lôvborg. — Ce sera le mieux pour toi. Et d'ailleurs... il n'y a pas autre chose à faire.

Madame Elfsted. — Jamais de la vie je ne retournerai làhaut. Où tu es, je veux être. Et qu'adviendrait-il de toi?

Lôvborg. — Il me semble que tu vois où j'en suis.

Madame Elfsted. — Oh, mais je dois pouvoir te soutenir un peu. Je l'ai bien pu déjà. Là-haut.

Lôvborg. — Quelque temps, oui. Et il suffit d'une nuit d'orage, et voilà tout emporté par le vent, tout ce que nous avons bâti ensemble.

Madame Elfsted. — Oui, peu importe. Mais je ne me laisse pas chasser ainsi. Tu n'en as pas le droit.

Lôvborg. — Non, je le sais bien.

Madame Elrsted. — Bien, et c’est pourquoi je ne l’admettrai pas 1 Je ne supporterai cela en aucune façon ! Tu m’entends, Lôvborg ! Je te le dis. Je veux être ici, présente. Être avec toi quand le livre paraîtra.

Hedda. — Ah, le livre... !

Lôvborg. — Mon livre et celui de Thea, madame Tesman. Car c’est ce qu’il est.

Madame Elfsted. — Oui, il l’est. Tu l’as dit si souvent. Et au fond de moi je sens que c’est vrai. J’ai ma part dans son existence.

Lôvborg. — Oui, tu l’as.

Madame Elfsted. — Oui, aussi ai-je le droit d’être là quand il paraîtra. Il faut que je voie ce qui va répandre respect et considération sur toi. Et cette joie,... cette joie, je veux la partager avec toi.

P. 505, 1. 22. — Mais ce n’est pas vrai !

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