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Hedda. — Je n'ai de dispositions pour rien d'autre que m'ennuyer. La vie n'a-t-elle rien au monde à offrir. S'il se lançait dans la politique.
Brack. — Ce n'est pas son affaire.
H. — Mais peut-être pourrai-je l'y amener.
Et croyez-vous qu'il pourrait devenir premier ministre.
Brack. — Il faudrait pour cela qu'il fût très riche.
H. - — Oui, et puis... cela n'aurait rien d'agréable pour moi à la longue.
Lovborg. — J'ai mené une vie assez dissipée, dit-on. Maintenant il faut que je m'amende.
Mais je ne dois pas perdre courage.
T. arrive de [Biffé : gauche] droite par la chambre du f. [Biffé : avec une valise v] portant une valise vide ouverte. C'est
un homme d’aspect jeune [Ajouté : un peu replet] [Ajouté audessous : de 33 ans], au visage ouvert [Ajouté : rond] et gai, cheveux et barbe blonds. Vêtu d’un costume d’intérieur commode, plutôt négligé.
Imagine-toi, tante J., toute cette valise, je l’avais bourrée de copies. C’est incroyable, ce que j’ai récolté, çà et là, dans les archives. De vieilles affaires curieuses dont personne ne s’est douté et
Mlle T. — Oui, oui, tu n’as pas perdu ton temps pendant le voyage de noces, toi, Jôrgen.
Oh, H. . on ne devrait jamais s’aventurer au pays des contes. Hein?
Tu fais cela.
C’était comme un conte d’aller se marier et de s’installer sans rien de plus que des espérances.
En cela tu as peut-être raison.
Mais nous avons [Ajouté : du moins] notre agréable foyer, H. Pense donc. Ce foyer dont nous rêvions tous les deux.
H. (se lève). — Il était convenu que nous mènerions vie mondaine. Que nous recevrions.
T. — Oui, mon Dieu, combien je m’en réjouissais. Te voir en maîtresse de maison... Oui... provisoirement il nous faut donc rester ensemble dans la solitude, H. Nous verrons seulement chez nous tante J. de temps en temps. Oh, combien... combien différentes auraient dû être pour toi les conditions de la vie.
Le domestique en livrée, je ne l’aurai pas tout de suite, naturellement.
Oh non, malheureusement... il ne peut en être question, vois-tu.
Et le cheval de selle, je n’ose même pas y penser.
Non, Dieu m’en préserve, ça va de soi.
H. remonte. — Allons, j’ai du moins une chose pour me distraire, en attendant.
Oh, Dieu merci! Et qu'est-ce que c'est, H.?
H. (dans l'ouverture de la porte [Ajouté, mais biffé : froidement, avec mépris). — Mes pistolets,... Jôrgen.
Les pistolets !
Les pistolets du général Gabier.
(Elle sort à gauche par la pièce du fond.)
T. (court à l'ouverture et lui crie). — Non, Dieu te bénisse, H. Ma chérie, ne touche pas à ces objets dangereux ! Laisse-les. Pour moi ! Hein ?
Peut-être pas dans nos relations non plus, H.
Comment cela
Peut-être n’y avait-il pas là d'amour non plus. Pas trace,... pas une lueur d'amour derrière tout cela.
Oui, y en avait-il vraiment.
Donc, pas du tout de votre côté?
Pour moi, c'était comme si nous étions deux bons camarades. Deux amis très intimes. (Elle sourit.) Vous, surtout, parliez à cœur ouvert.
Trop. Mais c’était vous qui le vouliez ainsi.
Il y avait quelque chose de séduisant,... quelque chose de courageux, je trouve, dans... dans cette intimité secrète dont personne ne se doutait.
Oui n'est-ce pas, H., etc.
Avec les illustr... —
De même ici
Oui, et quand je...
Croyez-vous...
Oui comm. — ...
Et que
Que vous...
Et que...
Voyons, un homme...
Non...
Mais qu'est-ce...
Trouvez-vous...
Oui, lorsqu'il y eut un sérieux danger de voir trop de réalité s’introduire dans les relations. Lorsque vous avez été sur le point de vouloir attenter sur... sur votre audacieux camarade.
Pourquoi n'avez-vous pas tiré pour de bon? Pourquoi ne m'avez-vous pas tué, comme vous m'en menaciez !
J’ai tellement peur du scandale.
Oui H. vous êtes lâche au fond.
Terriblement lâche. (Change de sujet.) Mais ce fut heureux pour vous.
[Ajouté en marge :] Appétit de vivre et lâcheté
Oubliez-vous le soir... où j'ai été obligé de me défendre avec le pistolet
Vous n'aviez pas à craindre que je recommence.
Ce n’est pas la sorte de crainte qui a causé la rupture.
Quoi alors
Qu'il m'était venu un mépris de moi-même.
Vous !
Oui, à cause de ma lâcheté.
Parce que vous n’aviez pas le courage de tirer sur moi.
Ce ne fut pas ma pire lâcheté.
Vous comprenez sûrement bien cela sans que je vous le dise.
Hedda I
Oui, ce fut ma pire lâcheté. J’ai senti alors combien ce manque d'énergie, je l’avais dans le sang. Qu'il en serait toujours ainsi. C’est pourquoi j’ai rompu avec vous une fois pour toutes.
^ s*-'* ZT- 7 »
Je comprends maintenant seulement ce que j'ai perdu en vous... vous, mon camarade à la fois courageux... et lâche.
Enfin, heureusement vous vous êtes bientôt consolé chez les Elvsted.
Je sais ce que Thea vous a raconté...
Et vous lui avez peut-être parlé de nous deux?
Pas un mot. Elle est trop bête pour comprendre cela
Bête?
En pareille matière elle est bête.
P. 477, 1. 7-10 et P. 476, 1. 6-12.
* Et toi... qui es si riche ! * 1. Oh je crois que je vais te tirer les cheveux tout de même.