‹ Œuvres complètes. tome quatorzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 22 sur 169 · SUCCÈS SURTOUT EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

SUCCÈS SURTOUT EN ALLEMAGNE

conjoint peut libérer l’autre instantanément de toutes obligations envers enfants et foyer, « dès qu’un criminel (ou une criminelle) quelconque produit un effet d’attraction sur l’imagination ou les sens. » Toutefois l’opinion ne tarda pas à exercer une telle pression sur Fallesen qu’il dut renoncer à ses réserves et pria Ibsen de donner l’autorisation de jouer sa pièce aux conditions ordinaires. Ibsen donna l’autorisation, bien entendu, mais la pièce fut médiocrement jouée. Le succès fut vif aux deux premiers actes, plutôt modéré, ensuite, et il n’y eut que n représentations h

A Stockholm, au contraire, le succès fut complet â.

C’est en Allemagne que La Dame de la Mer obtint tout de suite un succès considérable. Ibsen y était alors à la mode, et il avait des partisans dévoués, comme Brahm, Paul Schlenther, et surtout Hoffory. Celui-ci se chargea de la traduction, qui parut dès le 27 novembre 1888, et fut bien accueillie. Otto Neumann-Hofer, dans le Berliner Tagblatt, dit que la pièce était très claire, et qu'Ellida était une nouvelle Nora pour qui « le miracle » se produit1 * 3. Hoffory s’occupa très activement de la représentation à l’ultra-conscrvateur Théâtre Royal de Berlin, et fut l’intermédiaire entre Ibsen et la direction. Ibsen paraît s’être intéressé particulièrement au personnage de •« l’étranger ». Comme la direction voulait le désigner sur l’affiche sous le nom de Ein Seemann, Ein jremder Seemann , ou Ein Steuermann, Ibsen protesta, disant qu’il n’est rien de tout cela.

[...] il arrive comme passager sur un bateau de touristes. Il n'appartient pas à l’équipage. Il porte un costume de touriste, non de voyageur. Nul ne doit savoir ce qu’il est, pas plus que l'on ne doit savoir qui il est, ni comment il s'appelle. Cette incertitude est précisément pour moi l’essentiel avec la méthode que j'ai adoptée en ce cas4.

1 Robert Neiiendam, Det kongelige teaters historié , V, pp. 146-147.

4 Morgenbladet , 1889, n° 161.

3 Article reproduit dans Ajtenposten , 1888, n° 744.

4 Lettre à Hoffory du 14 février 1889, dans Samtiden, 1908, p. 104.

Ibsen fut d’ailleurs enchanté de la façon dont ce rôle fut joué en Allemagne. Car, une fois de plus, il se rendit à Berlin pour assister à la première, qui eut lieu le 5 mars 1889. Un correspondant norvégien en a rendu compte à son journal. Un vague effort d’opposition fut violemment repoussé. Il y avait du fanatisme dans les applaudissements. Ibsen remplaçait Wagner comme objet d’admiration et de réprobation. A la fm du second acte, un tonnerre d’applaudissements éclata, qui fut encore renforcé quand Ibsen se leva, et il en fut de même ensuite à tous les actes. Les critiques les plus hostiles furent obligés de constater l’enthousiasme, « qui a dépassé même celui que l’on connaît à Bayreuth ». L’ibsénisme est maître de la section littéraire des journaux. D’ailleurs, cette « démonstration colossale » concernait moins La Dame de la Mer que l’auteur présent h Les journaux hostiles, comme la Kôlnische Zeitung , qui publia un éreintement sévère de la pièce, constataient du moins le succès et reconnaissaient « sans réserve » le talent de l’auteur â.

Ibsen resta plus d’une semaine à Berlin, assista le 6 mars à une représentation du Canard sauvage au Residenz Theater, et le 7 à une représentation de Nora au Lessingtheater. Les Soutiens de la Société furent joués aussi à Berlin au cours de la saison. Et l’on jouait ou publiait des parodies de La Dame de la Mer : La grenouille, drame de famille en un acte, par Henrik. Ipse, Le Soleil de minuit , et Die Frau von mehreren , « pièce psychiatrique, atavistique, bigamique, métaphysique, maritime en 5 parties pour incurables ».

Et le 9 mars Ibsen fut à Weimar, pour assister à une nouvelle représentation de sa pièce. Le 12 mars fut donnée chez l’historien de littérature Ph. Schweitzer une grande fête en son honneur, où il entendit chanter de ses poèmes et jouer des

1 Dagbladet , 11 mars 188g.

2 Aftenposten, 1889, n° 155.

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