HELENE RAFF
miner de plus près l. » Et il a souvent recherché les relations avec de jeunes femmes, comme autrefois avec Laura Kieler, à Sæby avec la jeune Danoise qui est devenue l'actrice Mme Engelcke Friis. A Gossensass, alors que, de sa table, il admirait Emilie Baraach qui ne lui avait pas encore été présentée, il fit la connaissance d'une jeune fille de Munich, Helene Raff, qui était peintre et a écrit, depuis, des romans, et une certaine familiarité s'établit vite entre eux, assez grande pour qu'elle se permît, à son retour à Munich, d’aller voir Ibsen. Elle a eu ample occasion de juger son attitude avec les jeunes filles, et, interrogée à ce sujet par A. E. Zucker, elle lui a répondu par lettre :
Les relations d'Ibsen avec les jeunes filles n’avaient rien à voir avec lJinfidélité, au sens ordinaire du mot, mais provenaient uniquement des besoins de son imagination ; comme il le disait lui-même, il recherchait la jeunesse parce qu'il en avait besoin pour sa production littéraire. Je dois admettre toutefois que par suite de ce besoin de l'homme vieillissant qui aime la jeunesse, il prenait parfois un ton trop empre.sé avec les jeunes femmes, et que sa femme en était choquée parce qu'elle estimait que cela était peu conforme à sa dignité. C’est pourquoi il lui arrivait de se montrer assez sévère en pareille matière
Et elle a vu le tragique de la situation d'Ibsen vis-à-vis de la jeunesse, ce qui lui rappelait le mot de Goethe : « Un vieil homme est toujours un roi Lear. »
Les relations entre elle et Ibsen sont devenues rapidement assez intimes et fréquentes, et l'empressement paraît avoir été
i Julius Elias, Henrik Ibsen , p. 1460.
* Lettre citée par A. E. Zucker, Ibsen the master Builder , p. 242. La suite contient d’autres emprunts à cet ouvrage, pp. 240*243. Il ne m’a pas été possible, dans les circonstances actuelles, de mettre la main sur l’article Meine Freundschaft mit Ibsen , d’Émilie Bardach, dans la N eue frété Presse, 31 mars n° 15307, ou sur l’article publié par Helene Raff dans Jugend, 1906, n° 24. Mais le «< Mémorial » dont André Rouvevre a publié de larges extraits, me paraît coïncider, au moins en grande partie, avec l’article de la N eue frété Presse , dont j’ai reçu, de Norvège, un résumé.
le même des deux parts. Après la première visite d’Helene Raff, il lui écrivit :
Chère enfant,
Comme c’est aimable et gentil de votre part de nous avoir rendu visite hier. Ma femme a vraiment pour vous une affection cordiale. Et moi... aussi. Comme vous étiez assise là au crépuscule, et nous parliez de divers sujets avec tant de réflexion et de compréhension, savez-vous ce que je pensais, ce que je souhaitais? Non, vous ne le savez pas. Mon souhait était : ... hélas ! si seulement j'avais une pareille, chère et charmante fille.
Venez nous revoir bientôt. Mais en attendant il vous faut rester assidûment au travail en artiste dans votre atelier. Là, on ne doit pas vous déranger pour le moment.
Bénédictions sur votre chère tête.
Votre dévoué Henrik Ibsen.
Et sur la demande de A. E. Zucker, Helene Raff a compté dans son journal que, du 25 octobre 1889, jusqu'au 12 avril 1891, elle a vu Ibsen quarante fois, soit au moins deux fois par mois, tantôt en allant le voir, tantôt en le recevant dans son atelier, ou bien en se promenant avec lui dans la ville. Et après qu’il fut rentré en Norvège en 1891, les relations continuèrent par lettres naturellement plus espacées, puisqu’il n’aimait pas écrire des lettres, et de moins en moins à mesure qu’il avançait en âge.
On voit que la différence a été grande dans les manières dont Ibsen s’est comporté envers ces deux jeunes filles qu’il a connues presque en même temps, toutes deux à Gossensass. Avec Helene Raff, il est paternel et ne craint pas de l’appeler « chère ». Si l’on peut trouver quelque élément de flirt dans la lettre qu’on vient de lire, c’est sans doute par habitude et certainement sans passion. Ce qu’il apprécie en elle, c’est son sérieux, sa compréhension, non « son bon cœur et son intuition féminine », et il louait son naturel « sain », parce qu’elle faisait précisément ce qu’il estimait être le but de la vie humaine, qui est de « se