‹ Œuvres complètes. tome quatorzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 92 sur 169 · SOUVENIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS PERSONNELS

La tante est d'abord Mlle Tesman (Ms III, p. 548), et Thea s'appelle Mme Rising (Mss III et IV). Rising était une ferme voisine de Venstop, où Knud Ibsen s’était autrefois retiré après sa ruine. Ensuite Thea devient Mme Elvstad (Ms V), puis Elfstad, Elfsted et finalement Elvsted (Ms VI, p. 552), et alors la tante devient une tante maternelle, et s'appelle Mlle Rising, puis Rysing, pour redevenir Mlle Tesman au quatrième acte du brouillon complet.

Et, comme toujours, on retrouve des souvenirs personnels d’Ibsen, comme le petit village au bas du col du Brenner (Gossensass) dont Hedda montre la photographie à Lœvborg, et les « pampres dans les cheveux » que les hommes portaient le soir de Noël, au souper de l'Association Scandinave de Rome, tandis que les dames avaient des couronnes de roses h

L'élaboration du drame n'avançait que lentement. Ibsen avait espéré retourner dans le Tyrol pour passer ses vacances, mais ne voulait pas quitter Munich s'il ne pouvait emporter son brouillon achevé 1 2 et il ne bougea pas. Le brouillon ne fut achevé que le 7 octobre, et, après les corrections (Mss XII et XIII), la mise au net ne fut achevée que vers le milieu de novembre, sensiblement plus tard que d'habitude. Hegel se dépêcha d'imprimer le livre, et parvint à le publier avant la Noël, le 16 décembre.

Le brouillon avait eu pour titre : hedda. Le drame définitif s'appela : hedda gabler. « J'ai voulu indiquer par là, écrivit il, qu’elle est plutôt à considérer comme la fille de son père que comme la femme de son mari 3, »

Ibsen, son drame achevé, fut satisfait d'en être quitte. Il dit à Prozor :

C'est pour moi un singulier sentiment de vide d'être ainsi détaché d’un ouvrage qui, pendant bien des mois, a exclusivement occupé mon

1 L. Dietrichson, Svundne Tider , I, p. 361-2.

2 Lettre à Cari Snoilsky du 29 juin 1890, Breve, II, p. 187.

3 Lettre à Moritz Prozor, du 4 décembre 1890, Breve , II, p. 193.

temps et mes pensées. Mais d’ailleurs il est bon que cela ait pris fin. La vie commune continue avec ces personnages imaginaires commençait en effet à me rendre assez nerveux l.

Mais il était content de son œuvre. Peu de jours avant la publication, un journal de Berlin rapporta quelques propos d'Ibsen sur le nouveau drame. Il avait dit que, moins que jamais, il était parti d'un problème ou d’une thèse. Il avait cherché à dépeindre des gens aussi exactement que possible, rien de plus. Il se peut que l'on trouve quelque chose de révolutionnaire dans le drame ; mais c'est quelque chose qui reste au second plan. Mais il ajouta que la pièce renfermait bien « quelques nouvelles diableries », ce qu'il répéta d’un air mystérieux et avec un sourire satisfait 9.

1 Lettre du 20 novembre 1890, Breve , II, p. 191.

- H. Koht dans Hundreaarsutgave , XI, p. 283.

Page 1