partie consacrée aux rapports de l’art et de la morale
Garborg s’était proclamé naturaliste b et il répondit aux premiers articles de Collin qu’une époque malade, au nom de la vérité, doit chanter des chants malades. Argument sophistique, estime Collin, parce que la nature veut que l’on réagisse contre le mal. Balzac admire la force qui réside dans ce que Taine appelle ses « monstres grandioses », alors qu’elle est, en réalité, une faiblesse. Les soi-disant naturalistes ont une conception fausse des sciences naturelles. Garborg et Zola peuvent être des moralistes d’intention, et pourtant se complaire à parer le vice d’une sorte de grandeur. Il y a là une contradiction dans leur œuvre. Flaubert évite cette contradiction en se refusant à être moraliste et se réfugiant dans sa tour d’ivoire, et il en arrive à ce paradoxe de peindre la vie avec une exactitude minutieuse, tout en considérant ce travail comme un moyen de s'en éloigner. Cela fait penser au personnage d’Ibsen, dans son poème « Sur les hauts plateaux », qui fuit la vie afin de la mieux considérer esthétiquement. Les sujets ainsi traités par ces écrivains doivent, certes, intéresser une littérature saine, mais un trait commun à ces auteurs de si grand talent est de supprimer la résistance au mal, ce qui fausse leur description de la vie et la rend désolante. C’est par là que leur art est morbide, en même temps que cela leur enlève le droit de se réclamer de la vérité et des sciences naturelles.
Et, empruntant à Taine une idée qui revient souvent dans ses études esthétiques, Collin montre que le grand art est la suite des grands événements, et ajoute que le grand art n’en est pas seulement une suite, mais les pressent et les prépare. Il attribue ainsi à l’art un rôle essentiel dans l’action humaine générale. Optimiste volontiers utopique, il conçoit mal un art triste, il le veut entraînant. Aux « chants tristes » approuvés par
1 D r Fredrik B. Walîcm, Det norske Studentersamfund gjennem hundrcde .4 il/, p. Sto.