‹ Œuvres complètes. tome quinzièmeChapitre 57 sur 98 · CHAPITRE II l'œuvre · texte numérisé non relu

CHAPITRE II l'œuvre

Au cours des deux années exactement comprises entre la parution de Solness , 12 décembre 1892, et celle du Petit Eyolf, 11 décembre 1894, Ibsen semble presque disparaître aux yeux de son biographe. Halvdan Koht et Julius Elias, publiant sa correspondance en 1904, n'ont donné qu'une lettre de cette période, où il demande à Edvard Brandès une recommandation pour Hildur Andersen h Et l'on n'a publié ou cité depuis que trois ou quatre autres lettres. Sa vie, dans son appartement de Victoria Terrasse, n'a été troublée par aucun événement d'importance. Il y a reçu fréquemment Magdalene Thoresen pendant le séjour qu'elle fit à Kristiania au printemps de 1894. Il y a reçu aussi Edith Brandès, fille de Georg Brandès. Mais à cause de la santé de Mme Ibsen, il invitait de moins en moins ses amis et allait plutôt, seul, dîner chez eux. Le matin, il n'était pas rare qu’il eût la visite de quelque écrivain étranger, qui publiait ensuite un article, comme le comte Prozor et Hugues Le Roux, ou même un simple touriste, qui gardait pour lui ses impressions : c’est ainsi que je fus accueilli en été 1894, et pus causer assez longuement avec lui. Je ne me doutais pas, en ce temps-là, que j'en viendrais à traduire ses oeuvres. Sa vie était réglée avec la monotonie habituelle, et tous les jours il sortait pour aller lire les journaux au « Grand »,

1 Lettre du 27 décembre 1892, Breve, II, p. an.

M. 'T . /vv . :

ŒUVRES DE KRISTIANIA

toujours à la même place. A l'aller et au retour, il rencontrait souvent, rue Cari Johan, quelque relation, et causait un moment. Rarement il paraissait en quelque cérémonie publique. Le 23 janvier 1893, pourtant, ce fut lui qui conduisit Camilla Collett à table, au grand banquet donné en son honneur à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire.

C'était à peu près tout ce que le public voyait et savait de lui. La Société norvégienne des Gens de lettres fut fondée en 1893, et il s'empressa d’y adhérer, tandis que les écrivains de gauche, Bjôrnson, Lie, Kielland, Hamsun, etc., s’abstenaient, et n’y entrèrent que peu à peu. C'était, disait-on, une association de vieux et de médiocres contre la jeunesse. Gabriel Finne s'étonnait d’y voir Ibsen, « dont toute la production est une ardente défense de la noblesse de l’homme isolé, et accuse la vulgarité des gens qui s’attroupent en associations. » Ibsen, bien entendu, ne répondit pas, et Gabriel Finne s’inscrivit à la société l’année suivante l . Ibsen n’éprouvait pas le besoin de se défendre et s'expliquer.

Cette existence lui convenait très bien. Le 25 juillet 1894, il écrivait à son éditeur ; « Il n’est pas question pour moi de vacances d’été cette année. Je n'en ai d'ailleurs vraiment pas besoin ; car je me trouve parfaitement ici, et je suis au mieux quand je suis assis à ma table de travail*. » Ainsi, pas de vacances, aucun dérangement, le repos quotidien de quelques visites reçues et de celles qu’il faisait régulièrement aux Andersen, la lecture des journaux et les soirées souvent passées chez des amis.

Chez ses amis il était fort aimable, très simple et causant. Tous les témoignages s’accordent à contredire sur ce point la légende qui le disait constamment renfrogné et muet. Ils notent

1 Kaare Foss, Gabriel Finne, pp. 52-53.

s Cité d’après D. A. Scip, Hundreaarsutgave , XII, p: 177.

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