‹ Œuvres complètes. tome quinzièmeChapitre 58 sur 98 · IBSEN ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

IBSEN ET LES ENFANTS

aussi cette particularité que, s’il y avait des enfants, il se retirait volontiers avec eux dans un coin du salon, et savait se mettre à leur portée. Il leur contait, par exemple, l’histoire des chevaux blancs de Rosmersholm h Bolette Sontum, arrièrepetite-fille de cette Mme Sontum chez qui, à son arrivée à Bergen, en 1851, il avait habité quelque temps, et dont toute la famille est restée si intimement liée avec Ibsen, a dit plus tard combien les enfants se plaisaient avec lui 2 , et Mme Caroline Sontum, femme du médecin d’Ibsen, a dit combien « il se plaisait avec les très jeunes gens, qui lui témoignaient amitié 3 ». On a de lui une lettre adressée à une petite fille allemande, Adelheid Schmidt, fille d’un ami de Paul Heyse qui venait souvent, boire le frühschofipen , entre midi et une heure, place Maximilien, à Munich; la lettre est une réponse aux félicitations envoyées par la fillette à propos de l’anniversaire d’Ibsen, le 28 mars 1892, et montre combien il était apprécié des enfants 4 . On voit aussi qu’il était très ami avec la jeune Elisabeth Lie et avec la fille de Brandès, Edith.

Son intérêt s’étendait aux enfants de tous âges et le peintre Diriks raconte qu’il a vu un jour Ibsen, qu’il ne connaissait pas personnellement, en grande conversation dans la rue avec son fils âgé de trois ans. Et — puissance de la légende et des idées préconçues — Diriks s’étonnait parce qu’il demeurait persuadé qu’Ibsen n’aimait pas les enfants a . Cette disposition était chez lui fort ancienne. Lorsqu’il était à Yalbergo délia Luna en 1879, à Amalfi, souvent il emmenait dans ses promenades le long de la côte le jeune fils de l’hôtelier, qui a dit à Halvdan Koht, plus tard, lorsqu’il dirigeait l’hotel à son tour, combien Ibsen était toujours gentil avec lui. Rencontrant un jour Nordahl

1 O. Thommessen, Tidens Guder , pp. 150156.

- Bolette Sontum, Personal recollections of Ibsen , dans The Bookman y vol. 37, pp. 247-256 (New-York, 1913).

3 D. A. Seip, Hundreaarsutgave, XII, p. 175.

4 Tyve Brev fra Henrik Ibsen , p. 29.

5 Nationen , 17 mars 1928.

T. XV

ŒUVRES DE KRISTIANIA

Rolfsen, qui ]ui avait envoyé les cinq volumes de son anthologie littéraire pour les enfants, Ibsen le remercia et lui dit que l’ouvrage l’avait beaucoup intéressé. « Comment, monsieur le docteur, vous l’avez vraiment lu? — Certes, tous les volumes, d’un bout à l’autre, sauf la préface. Je n’ai pas complètement perdu mon âme enfantine l . » Et il se plaisait avec les enfants de tous âges.

Naturellement, il les observait aussi, et se livrait à une étude de leur caractère. L’observation psychologique était chez lui toujours éveillée. Mais elle ne s’est pas soudain étendue aux enfants en 1892 ou 93 parce qu’il allait écrire un drame où un enfant jouerait un rôle. Il s’était toujours intéressé aux enfants, et savait leur plaire. C’était un trait de son caractère.

Il n’a d'ailleurs pas abusé de sa connaissance de la nature enfantine, et Egil, fils de Gunnar, dans Les Guerriers à Helgeland, la kyrielle des enfants de Straamand, dans La Comédie de VAmour, les enfants de Nora, dans Maison de Poupée, et les deux jeunes fils du docteur Stockmann, dans Un Ennemi du Peuple ne comptent guère par eux-mêmes. Les seuls enfants, avant le petit Eyolf, dont le caractère soit défini, sont Olaf, fils de Bernick, dans Les Soutiens de la Société, Hedvig, dans Le Canard sauvage, et Hilde, prévue dans les notes pour Ros mersholm, introduite dans La Dame de la Mer , et qui reparaît, plus âgée, dans Solness . Mais les deux garçonnets Olaf et Eyolf, et les deux grandes fillettes Hedvig et Hilde sont parmi les figures d’enfants les plus saisis sur le vif qu’il y ait au théâtre. Et aux observations sur les enfants eux-mêmes s’ajoutent naturellement celles sur la nature de l’affection que leur portent leurs parents.

Eyolf est un infirme qui, par suite, souffre d’un « complexe d’infériorité », et a besoin de « compensations » pour employer

1 Sigurd Host, Henrik Ibsen, Paris, 1924, p. 23.

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