SOUVENIRS DE SKIEN
les termes freudiens, alors encore inconnus. Il admire son père, qui ne s'occupe guère de lui, non plus que sa mère. Il est de ces enfants qui sont surtout élevés par une tante, ce qu’Ibsen estime si fréquent l . Son infirmité n’existe pas, d’ailleurs, au commencement du brouillon. Il est seulement petit, chétif, et a l’air un peu maladif â . Cela suffit pour déterminer son caractère. Il semble qu’Ibsen l’a fait boiteux en souvenir de son frère Nikolaï, plus jeune que lui de six ans, et qui avait donc neuf ans seulement lorsque Ibsen avait quitté Skien. Une bonne d’enfant l’avait laissé tomber, et il lui en était resté une faiblesse de la colonne vertébrale. Plus tard, il était parti en Amérique, n’y avait pas réussi, et n’avait voulu donner aucune nouvelle de lui à sa famille. Il est mort gardien de moutons, et sa tombe, tardivement découverte 3 , porte l’inscription : « Honoré par des étrangers, — pleuré par des étrangers. — Nicolaï A. Ibsen. »
Et « la femme-aux-rats », qui joue un rôle si fatal pour le petit Eyolf, est un autre souvenir de Skien, où on l’appelait la tante Ploug, car elle était la sœur du grand-père maternel d’Ibsen. On l’appelait « la femme-aux-rats », désignation dont on ignore l’origine. Veuve, elle fut de nouveau fiancée, mais bientôt abandonnée, et depuis lors eut l’esprit un peu détraqué. Elle a vécu à Venst^op chez Knud Ibsen, et les enfants avaient peur de ses propos bizarres, et en même temps se moquaient d’elle et de son accoutrement analogue à celui dont elle est affublée dans Le petit Eyolf 4 .
/ Toutefois Eyolf ne paraît qu'une fois et n’est en scène que pendant un tiers environ du premier acte. L’étude de psychologie infantile n’est pas le sujet du drame, où le jeune boiteux sert seulement à faire éclater le conflit qui était latent jusqu’à
1 Voir notes pour Hedda Gabier , tome XIV, p. 552.
2 Ms I, p. 419.
s « Récemment » dit le livre de A. E. Zucker, op. cit. f p. 23, qui date de 1930.
4 Mosfield-Koht, dans Edda> XXX, p. 77,
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sa mort entre Alfred et Rita Allmers : c’est, du moins, ce qui résulte du brouillon (Ms II, p. 419) aussi bien que de l’œuvre définitive. Mais on ne peut savoir si telle était bien l’intention primitive d’Ibsen, car on n’a pas de notes ni d’ébauches qui nous fassent connaître ses premiers tâtonnements. Le Ms I n’est qu’une liste de personnages, et a été sans doute écrit peu avant qu’Ibsen abordât la rédaction du Ms II (p. 419), qui est le brouillon de la pièce entière en cahiers numérotés, dont le premier manque. Selon son habitude, Ibsen y a indiqué la date du commencement et de la fin de chaque acte :