‹ Œuvres complètes. tome quinzièmeChapitre 61 sur 98 · LIEN ENTRE « SOLNESS » ET « LE PETIT EYOLF )) 2JJ · texte numérisé non relu

LIEN ENTRE « SOLNESS » ET « LE PETIT EYOLF )) 2JJ

avait écrit le 16 mars 1892, et qualifié de « première étude préparatoire pour Le Constructeur Solness », en y changeant un seul mot, à l’avant-dernier vers (foi est remplacé par quiétude), ce qui ne modifie pas le sens du poème. C’est Allmers qui a composé ce poème et le lit à sa femme, exposant ainsi lui-même la portée de leur commune infortune. Et ces trois strophes s’appliquent à l’une et l’autre pièce, mieux, en un sens, à Solness, parce que les faits concrets, l’incendie de la maison, se trouvent dans ce premier drame, et sont remplacés dans le second par un malheur équivalent, et pourtant mieux, en un autre sens, dans Le petit Eyolf , car la situation qui résulte de la mort de l’enfant pour Alfred et Rita y est admirablement définie, et est bien l’essentiel du nouveau drame. Une situation analogue existe dans le ménage Solness, mais n’y a évidemment pas la même importance.

Cela tient sans doute à ce que, aussitôt après avoir écrit son poème du 16 mars 1892, Ibsen a subi une crise d’où est résulté un grand changement dans le plan de Solness l . Il a détruit ses notes et ébauches, et le rôle de Hilde, à qui le poème ne fait aucune allusion, a pris dans le drame une place imprévue. Le petit Eyolf traite du sujet qui était ainsi passé au second plan dans l’œuvre précédente : la recherche d’une vie commune possible dans un ménage désuni à la suite d’un deuil commun, ressenti de façons différentes par les deux époux. Ibsen était évidemment très conscient du lien qui existait entre ses deux pièces. La mise au net du petit Eyolf fut envoyée à l’éditeur le 14 octobre, et peu après, il a repris son brouillon de Solness et l’a offert à Hildur Andersen en y inscrivant : « Ce manuscrit appartient à Hildur. Kristiania. 15.11.94. »

Parvenu au bout de son brouillon sans s’être livré à une révision sérieuse, Ibsen l’a corrigé, récrivant quelques passages sur des’ feuilles séparées, et même récrivant le second et le

1 Voir p. K*.

ŒUVRES DE KRISTIANIA

troisième acte en entier. Les principales différences entre ces textes nouveaux et le texte définitif sont ici données selon la méthode ordinaire (Ms III, p. 457). Toutefois, le premier de ces passages a été rédigé au cours de l'écriture de la fin du second acte du grand brouillon, comme on le voit par les noms des personnages, qui portent tous leurs noms définitifs, sauf Asta, qui s’appelle ainsi seulement à partir du commencement du troisième acte de ce brouillon.

Les changements de noms gênent d’autant plus la lecture des manuscrits que le même nom s’applique successivement à deux personnages. Ainsi Allmers s'appelle Harald Borgheim dans le Ms I, puis Hakon Skjoldheim dans le Ms II ; son prénom devient Alfred après la sortie de la femme-aux-rats, et son nom de famille Aimer, puis Allmer, une page plus loin, et enfin Allmers bientôt après.

Sa femme s’appelle Johanne dans le Ms I, Asta au commencement du Ms II, puis Andrea peu après la sortie de la femmeaux-rats, et ne prend son nom de Rita qu’au commencement du second acte.

Sa sœur s’appelle Rita dans le Ms I et au premier acte du Ms II, elle devient Andrea au commencement de l’acte II, au moment même où ce prénom est retiré à Mme Allmers, et prend son nom d’Asta au commencement de l’acte III.

L’amoureux d’Asta s’appelle Alfred Allmer dans le Ms I, puis Borgheim, un instant Bergheim, puis définitivement Borgheim.

Même la femme-aux-rats change de nom. Elle est Mlle Varg dans le Ms I, ce qui signifie loup. J’ai traduit ce nom par Garou, parce que Eyolf demande si elle est loup-garou. Elle est qualifiée, dans cette liste de personnages, de « tante de Johanne », c’est-à-dire de Mme Allmers, mais dans le Ms II, où elle conserve son nom, les gens l’appellent communément « tante Ellen », bien qu’elle ne se connaisse pas de parents.

Ces changements de noms indiquent bien des tâtonnements

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