GE RD
Il a son compte !
Vois, je l'ai touché ;... il tombe ; entends-tu comme il crie fort !
BRAND
Vois les plumes qui voltigent,
descendant le flanc du roc
oh, comme il est grand et blanc... !
Hé, voici qu’il tombe ici !
BRAND, s'affaissant.
Oui, tout fils doit expier pour le crime de sa race !
GERD
Quand il est tombé, le ciel a été dix fois plus vaste !
Il fait la culbute, il roule...
maintenant, plus de terreur ; il est blanc comme un pigeon... !
( Elle crie épouvantée.)
Hou, l’affreux, l’affreux vacarme !
(Elle se jette dans la neige.)
BRAND, se tord sous Véboulement qui se précipite , et dit , les yeux en haut :
Dis-moi, Dieu, devant la mort !...
Le vouloir à toute force vaut -il pas brin de salut...?
(L'avalanche l'enterre; toute la vallée est comblée.) UNE VOIX, crie au milieu des éclats de tonnerre.
U est Dieu de charité !
Il existe deux manuscrits du « Brand épique 1 ». L'un est un brouillon, l’autre une mise au net, mais tous deux sont incomplets. La traduction qui précède (pp. 181-244) est faite d’après la mise au net, suppléée, pour les parties qui lui manquent, par le brouillon. Ces parties sont indiquées dans la section I, qui suit, où sont données les variantes que l’on trouve dans le brouillon. La comparaison entre celui-ci et la mise au net est faite en se rapportant toujours au brouillon, en sorte que « Écrit d’abord : » signifie que le texte qui suit a été écrit, puis modifié dans le brouillon. Lorsque le texte final du brouillon concerne une ou plusieurs lignes entières différentes de celles de la mise au net, il est donné sans autre indication.
L’étude des manuscrits a été faite par Halvdan Koht *, qui a clairement établi, sans doute possible, qu' Ibsen a composé d’abord <t Aux Complices », puis « Sur la grande montagne », puis « Au temps de l’adolescence », qu’il a intercalé entre les deux morceaux précédents.
La même étude montre aussi, comme très probable : i° que le brouillon a été précédé, mais seulement par endroits, de premiers brouillons fragmentaires ; 20 qu’il y a eu un temps d’arrêt après le récit de la fête du 17 mai ; 30 que le manuscrit au net a été commencé après la première rédaction de « Au temps de l’adolescence » et mené jusqu’à la fin de « Sur la grande montagne », après quoi est venu le brouillon de « Deux sur le chemin de l’église », aussitôt mis au net sous le titre « Les chemins de l’église ». « Près de l'église » a été rédigé ensuite en brouillon, mais est resté inachevé.
Le morceau intercalé « Au temps de l’adolescence » est incomplet. Dans le manuscrit au net, il va jusqu’à la p. 184, 1. 5, et il n'y a place ensuite, dans le cahier qui manque, que pour six strophes au plus, dont
1 Leur description a été donnée par Karl Larsen (Episke Brand, pp. 23-30), puis par Halvdan Koht ( Efterladte Skrijter, III, pp. 396-397, et Hundreaarsutgave, pp. 426-430).
2 Op. cit ., pp. 397'4°b
ŒUVRES D’iTALIE
trois (une quatrième étant biffée) sont dans le brouillon également incomplet. Reste donc place seulement pour trois strophes seulement, et Halvdan Koht observe avec raison que la scène entre les deux jeunes gens se serait terminée bien brusquement. Aussi me paraît-il probable qu'Ibsen a supprimé les trois strophes de l'épisode du chien. En six strophes inconnues il a pu terminer son récit.
Un troisième manuscrit afférent au « Brand épique » doit être mentionné à part. C'est l’essai de remaniement qu’a fait Ibsen (évidemment à Ariccia) pour récrire toute l’œuvre en vers analogues à ceux des chansons populaires, c’est-à-dire à quatre syllabes nettement accentuées, le nombre des autres syllabes étant à peu près indifférent. Il avait employé de tels vers dans La Fête à Solhaug et dans Olaf Liljehrans , et il devait y revenir bientôt dans Peer Gynt. Seulement, il a voulu ici conserver les strophes, et s’est contenté de briser vers par vers le rythme strict de ses pentamètres ïam biques. Il a renoncé au bout de onze strophes à cet essai malheureux (V. p. 83). On trouvera ici dans la section II le très petit nombre de modifications non purement verbales que renferme ce manuscrit, où pourtant quelque changement a été apporté dans tous les vers.
Je dois ensuite mentionner ici une feuille de papier à lettre sur laquelle Ibsen a noté quatre vers qui sont la mise en forme dialoguée de vers du « Brand épique ». Ces quatre vers sont traduits, et leur raison d’être expliquée, p. 86.
Enfin il existe un manuscrit du drame, visiblement le dernier avant la mise au net envoyée à Hegel pour l’impression. C’est, dit Halvdan Koht, une rédaction faite en partie d’après des brouillons fragmentaires, en partie de premier jet. Le manuscrit a deux pages de titre. Sur la première est écrit :
BRAND
Poème dramatique par
Henrik Ibsen (1865)
La seconde porte seulement : Brand. Mais au-dessous on peut lire, soigneusement biffé :
Et il créa l’homme à son image.
La Genèse.
On trouvera ici dans la section III, d’après les variantes indiquées dans l’édition du Centenaire, les principales différences entre le manus-
ÉBAUCHES ET VARIANTES
crit et le texte imprimé. Mais le manque des indications scéniques ajoutées sur le manuscrit pour l'impression ne sera généralement pas signalé.