BRAND SERA PRÊTRE
de Julien qui lui avait donné l’idée de faire cette lecture). Puis on parla de Julien, Dietrichson vit Ibsen très vivement intéressé, « et je sais, dit-il, que l’idée de composer quelque œuvre sur ce sujet s’implanta, ce jour-là, sérieusement dans son esprit. Du moins, en terminant la conversation, il exprima l’espoir que personne ne le devancerait et ne traiterait ce sujet » l.
A la suite de cette lecture, Ibsen sera pendant quelque temps occupé à mûrir deux grands projets littéraires à la fois, ce qui ne lui était jamais arrivé, je crois, jusqu’alors, ni ne lui est jamais arrivé ensuite. Ce qui lui avait fait si avidement saisir le sujet suggéré par Ammien est assez évident. Il voyait dans la défaite de Julien l’Apostat l’histoire de la fin d’un monde, — du monde hellénique, — et elle se rattachait pour lui à la fois au spectacle récent des ruines de la Rome antique et à sa déception patriotique. Il songeait que la Norvège aussi était un monde mort, tandis qu’il avait cru qu’elle pourrait revivre aussi brillante que jadis sous d’autres formes. Hanté par l’idée qu’un peuple peut disparaître, il dit dans une lettre qu’il augure mal de la durée du peuple norvégien 2. Le point de départ des deux œuvres encore vaguement conçues est donc le même. Il aurait été incapable, à ce moment, de rien écrire qui ne fût pas inspiré par sa grande colère.
Mais voir la fin du monde antique dans la défaite de Julien, c’était résoudre implicitement un problème historique, et attribuer au triomphe du christianisme la chute de l’empire romain. La question religieuse passait au premier plan. Ce n’est pas elle qui avait attiré Ibsen vers un drame sur Julien, mais il se rendit très vite compte de la transformation fatale du sujet qu'il avait d’abord entrevu, et cette transformation ne l’en détourna pas, puisqu’il a écrit plus tard 3 que des ouvrages
1 L. Dietrichson, op. cit p. 336.
2 Brève, I, p. 93,
3 Ibid., II, p. 99.