‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 23 sur 135 · THEA BRUUN · texte numérisé non relu

THEA BRUUN

suivant ses propres paroles, de « concilier le monde et le royaume de Dieu ». Si l'on songe que la première conversion de Lammers est venue à la suite du congé que lui avait donné sa fiancée, et que cette conversion l’a finalement conduit au piétisme, il est difficile de ne pas reconnaître là une série de traits qui appartiennent non pas à Brand, mais à son ami d'enfance Ejnar, peintre, lâché par sa fiancée Agnès, et qui mène ensuite une vie légère, mais pour aboutir, lui aussi, au piétisme. Ainsi Lammers a bien fourni d'abord quelques traits à la figure de Brand, mais il a été plus encore le modèle d'Ejnar. C’était d’ailleurs aussi l’avis de Christopher Braun, qui me l’a dit dans une conversation, et confirmé par lettre

Ainsi la genèse de Brand peut être suivie dans ses progrès au cours du voyage d’Ibsen depuis Kristiania, ou plutôt depuis le passage des Alpes jusqu’à l’installation à Rome pour un long séjour. C’est le décor qui apparaît d’abord par contraste avec le paysage italien. Un personnage s’y dresse confusément, qui devra fustiger tout ce qui, dans le peuple norvégien, excite la colère d’Ibsen. L’idée d’un drame sur Julien, surgie des mêmes sentiments par un autre processus, porte ses réflexions vers des problèmes religieux et fait de Koll un prêtre. Alors intervient le souvenir de Lammers. Puis, Lammers se dédouble, et Koll a un ami d’enfance. Deux autres personnages sont bientôt ajoutés. L’un est encore un souvenir : c’est Ingeborg Hellesylt, la folle qui jetait des pierres ; elle fait, pour ainsi dire, partie du décor. L’autre est présente à Genzano, c’est Thea Braun, jeune fille dont la douceur et la gaieté cachent des dispositions plus profondes qui accusent bien en elle la sœur du sévère Christopher Bruun. Ibsen a dit lui-même à un de

1 J’ai publié cette lettre dans Edda , XXXIV, p. 368. D’après Chr. Bruun, Ibsen aurait fait, dans l’Ejnar du cinquième acte de Brand , la caricature de Lammers par un sentiment de vengeance à cause de l’impression sinistre que lui avait laissée l’action de Lammers à Skien.

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ses amis, longtemps après, qu'elle avait été « entièrement » le modèle d'Agnès l.

Lorsque, à la fin d'août ou dans les premiers jours de septembre, Ibsen quitta Genzano, son scénario était suffisamment précisé pour qu'il pût commencer à écrire. Seulement, comme il pensait toujours à son drame sur Julien, l'histoire de Koll ne devait pas prendre la forme dramatique, elle devait être racontée en vers. C'est ce qu'il est convenu d’appeler le « Br and épique ».

■ John Paulsen, Samliv med Ibsen , nye erindringer og Skilser, pp. 212-213.

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