‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 41 sur 135 · LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

LES PRÉCURSEURS

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pas empruntées à un auteur qu’il a bafoué dans le « Brand épique ». D’ailleurs, le « tout ou rien » était fort à la mode, et Ibsen l’avait entendu prononcer à la fameuse assemblée du 12 décembre 1863, où l’association des étudiants avait discuté l’adresse aux étudiants suédois b Si l’on veut absolument croire qu’il avait besoin d’être soufflé, c’est plutôt là que le mot d’ordre l’a frappé.

En fait, on ne saurait douter qu’il a parfois pensé, au cours de ses promenades du matin autour d’Ariccia, à Welhaven et à J. L. Heiberg, mais je ne vois, dans les rapprochements que l’on a signalés entre leurs œuvres et Brand , rien de significatif.

Il est d’autant plus intéressant de constater que les rencontres avec Paludan Müller sont plus nombreuses et non simplement verbales. Dans Amour et Psyché, Ibsen avait lu la rigueur des conditions imposées par Vénus pour que l’immortalité soit conférée à Psyché :

Il lui faudra subir les épreuves complètes jusqu'à même connaître en fait la sombre mort; car ce sera sa mort seule qui montrera si elle est digne enfin du bonheur éternel, si elle peut tout perdre afin de tout gagner 1 2 3.

C’est l’idée qu'exprime Brand à la fin du quatrième acte.

Dans Ahasvérus , une tirade méprisante condamne la philosophie « humaine », c’est-à-dire bienveillante aux âmes médiocres, et qui, naturellement, attire la « majorité » 3. Le bailli recommande à Brand d’être humain précisément dans le même sens, et tendance que Brand réprouve avec non moins de hauteur qu'Ahasvérus. Et le même bailli, à l’acte précédent, s’était vanté d’avoir avec lui « le grand nombre ».

La veulerie générale est chez Paludan Müller un thème fré-

1 Mot genbladet , 15 décembre 1863.

2 Paludan Müller, Poetiske Skrifter, II, p. 91.

3 Ibid., VII, p. 260.

IIO ŒUVRES D’ITALIE

quent. Dans son poème dramatique Tithon, auquel on ne songerait guère à propos de Brand , on trouve ces vers, qui auraient pu inspirer l’introduction au « Brand épique » 1 :

Que crois-tu qu’il naîtra de cette époque-ci?

Un temps qui a besoin d’un violent orage pour s’éveiller de sa profonde léthargie; un temps qui n’a que rêves en guise d’exploits, jeux et combats sportifs pour toute hardiesse ; un temps où, de sa propre main on se couronne, où l'on s’admire dans les héros du passé, où l’on veut vivre grandement comme des dieux, ayant âme d’esclave... ah, j'en ai la nausée !

De telles pensées sont centrales dans Ahasvérus comme dans Brand . Elles sont centrales aussi dans Adam Homo , vaste roman en vers, qui est une mordante satire d’une époque veule, incapable de passion. Seulement, Adam Homo est l’expression même d’une telle époque, tandis que Brand en est l’antithèse. Aussi les formules que l’on y rencontre sont-elles parfois, ironiquement, le contrepied de celles de Brand. Ainsi, au commencement du dixième chant, Adam Homo renonce à l’idéal, et se console en se disant :

Si l’idéal pouvait être réalisé, il aurait, aussitôt, cessé d’être idéal.

Il prend donc sa décision :

Il ne veut désormais rien que ce qu’il peut faire.

Et nous connaissons ces renversements ironiques de la pensée de Brand dans d’autres oeuvres d’Ibsen : le premier se trouve déjà dans Le Soir de la Saint- Jean, et ensuite dans La Comédie de V Amour; le second viendra plus tard, dans Rosmersholm.

Mais parfois aussi Paludan Müller s’exprime de façon plus directe, et alors exalte le ferme vouloir comme Ibsen dans Brand , car si l’esprit de compromis est le principe qui règle

1 Paludan Muller, Poetiskcr, Sifther. p II, 169.

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