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PREMIÈRES CRITIQUES

tion soulevée dans les deux pays par ce poème dramatique. Botten-Hansen, ami d’Ibsen, ouvrait la série par un article naturellement très favorable, mais sans enthousiasme pour « ce poème à demi apocalyptique, à demi prophétique 1 * ».

Mais aussitôt après parut l’un des articles qui furent sans doute le plus remarqués. Vibe déclarait que cette œuvre pouvait être qualifiée de « magnifique insanité », car « un être qui, partout indéfiniment unilatéral, poursuit ainsi une théorie en pensée et en actes, ce n’est plus un homme, c’est une idée incarnée, ou, si c’est un homme, il est fou. » Le critique reconnaissait, d’ailleurs, le talent de l’auteur : « Il y a des détails superbes, comme souvent on trouve une sorte d’éclat dans la poésie d’Ibsen, malgré les plus grandes aberrations ». Il louait particulièrement tout le rôle d’Agnès, à partir de son mariage avec Brand, et concluait en regrettant « de voir un écrivain doué d’un si grand don poétique et d’une si grande maîtrise de la langue suivre une si mauvaise voie » â.

Le journal Morgenbladet donne ensuite une analyse assez détaillée, où il marque bien ce que Vibe n’avait pas compris, c'est-à-dire la grandeur de Brand par son esprit de sacrifice et sa « dure » volonté, en même temps que sa faute, qui est d’oublier la « charité », en sorte que la réponse finale « donne à la fois le jugement et le pardon » 3 4. C'est l’article, approuvé par Ibsen, dont j’ai donné un extrait p. 124.

Aftenbladet fut le seul qui sut voir que Brand était « l’ouvrage le plus important du talentueux écrivain, et qui obtiendra une place essentielle et durable dans notre littérature nationale »

Il est curieux d'observer que, dans tous ces premiers comptes rendus de Brand , il n’est pas question de Sôren Kierkegaard, et l’œuvre n’est pas du tout considérée comme traitant un

1 Illustrer et Nyhedsblad, 1866, n° 13, du ier avril.

9 N orge , ier numéro du 3 avril 1866, signé I.

3 Morgenbladet , 1866, n° 93, du 5 avril.

4 Aftenbladet t 1866, n° 82, du 7 avril.

ŒUVRES D'ITALIE

problème religieux, % mais seulement un problème éthique. Mais le 15 avril le pasteur W. A. Wexels, qui avait longtemps joué le rôle d’une sorte de primat de l’Église norvégienne, s’inspira visiblement, sans le nommer, du livre dont tout le monde parlait dans un sermon sur le « tout ou rien », et un Danois, F, Helveg, publia au commencement de juin un petit volume sur « Bjôrnson et Ibsen dans leurs deux dernières œuvres », où il disait que Brand avait « pour ainsi dire Sôren Kierkegaard comme contenu » l 2, et se proposait de rechercher en quoi consistait la différence entre « le héros du poème et le héros de la vie ». L’idée était lancée, et le rapprochement avec le philosophe danois est un thème inévitable, encore aujourd’hui, de toute discussion relative à Brand. Les comptes rendus firent place aux articles de polémique. Rien que dans Morgenbladet, du 2 septembre au 4 décembre, il y eut neuf articles sur Brand, dont plusieurs occupaient trois et quatre colonnes en tête du journal. Mais ces raisonnements interminables ne renseignent même pas sur l’opinion du public : ils n’expriment que celle de leurs auteurs, qui est d’un médiocre intérêt, sauf peut-être lorsqu’elle devient simplement ridicule : c’est ainsi que le pasteur O. T. Krogh, publiant un article « Remarques sur le Brand d’Ibsen du point de vue chrétien », se demande si Agnès ne serait pas enceinte lorsqu’elle rencontre Brand, car sur la barque où elle affronte avec lui l’orage, elle s’écrie : « Nous sommes trois à bord 3 » !

On ne peut toutefois négliger la longue étude de Monrad 3. Pour lui, Brand est une satire, ce qui appartient au genre didactique, et il regrette que l’auteur n’ait pas parlé pour son propre compte au lieu de se cacher sous le masque de son héros. Ce point de départ l’a empêché d’y voir un drame psychologique, et il a discuté l’œuvre comme si elle était un traité

1 F. Helveg, Bjôrnson og Ibsen i deres to seneste vcerker , p. 26.

2 Morgenbladet- , 1866, n° 299, du 29 octobre, signé L. T.

3 Ibid., n0R 242, 249, 256 et 263 (2-23 septembre).

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