REPRÉSENTATIONS
tions différentes, dont la première a été publiée en 1872.
Dans les autres pays, les traductions de Brand ne sont venues que beaucoup plus tard, à partir de 1891 (Angleterre) et après les traductions d'autres œuvres d'Ibsen, tandis qu'en Suède et en Allemagne elles ont été les premières.
En France, nous avons la traduction du comte Prozor, qui date de 1895.
On a vu qu’Ibsen, en renonçant à son « Brand épique », pensait avoir passé à un genre littéraire assez voisin, qui n'était pas le dramatique, mais le « lyrique-épique ». Imbu de l'idée qu'une telle œuvre n’était pas pour la scène, il a qualifié son drame de « poème dramatique », et, lorsqu’il était en train de l'achever, il écrivit à Bjôrnson, qui était devenu, depuis le Ier janvier, directeur artistique du « Théâtre de Khristiania » :
Je ne crois pas que le théâtre puisse m’accorder aucune représentation, — si j'étais membre de la direction, je serais obligé de voter contre, — mais si vous pouvez vous servir de ma nouvelle œuvre, c'est une autre affaire ; elle est dramatique, — mais en quelle mesure, à d'autres égards, elle est représentable, à toi d'en juger
Et quinze ans plus tard, il rappelle à l’un de ses traducteurs allemands que « ce poème n’est pas écrit pour le théâtre »
Pourtant, la grande tragédienne Laura Gundersen fut tentée par le rôle d’Agnès, et joua le quatrième acte de Brand , d’abord à l’Association des étudiants, puis au théâtre, dans une représentation à bénéfice, le 27 juin 1866, et comme elle obtint un grand succès, ce quatrième acte fut donné en représentation régulière le 20 septembre suivant, et resta au répertoire. Bien que Bjôrnson, on l'a vu, n'aimât pas la pièce, il était bien disposé pour l’auteur, qui aurait sans doute pu profiter d'un essai aussi favorable pour faire jouer son drame en entier. Mais il n'en fit rien. Il ne voulait pas s’opposer à la représen-
1 Lettre du 12 septembre 1865, Brève, II, p. 100.
lettre à Ludwig Passarge, du 17 août 1881, Breve, II, p, 94.
ŒUVRES D’ITALIE
tation de Brand , mais il ne l'encourageait pas, car, s’il avait été dans la direction du théâtre, il aurait été « obligé de voter contre ».
Le « Théâtre de Kristiania » fut dirigé, de 1873 à 1877 par un Suédois, Ludvig Josephson, qui songea un moment à jouer Brand , mais il ne put réaliser ce projet que plus tard, lorsqu’il fut devenu directeur du théâtre de Stockholm, en sorte que la première représentation intégrale du drame eut lieu le 24 mars 1885 en traduction suédoise. A ce moment, l’enthousiasme ibsénien de la jeunesse suédoise radicale était quelque peu désorienté par les attaques de Strindberg, dans la préface de son recueil de nouvelles, Mariés , contre le féminisme d’Ibsen, mais l’auteur de Brand n’en était que davantage le sujet de toutes les discussions. La première dura presque sept heures, et fut suivie jusqu’au bout avec passion. Ensuite on put réduire la durée des représentations à cinq heures et demie, et malgré un si long effort d’attention imposé aux spectateurs, la pièce fut jouée seize fois h II paraît que l’acteur Emil Hillberg sut donner à Brand un caractère magnifique de grandeur simple. Ibsen remercia très chaleureusement Josephson de « cette entreprise hardie — je dirai même téméraire1 * 3. »
Mais il faut, semble-t-il, la rencontre d’acteurs de qualité assez rare et d’une atmosphère idéologique favorable pour réussir une série de représentations de Brand. Chose curieuse, le second essai de le donner complet (mais avec des coupures) eut lieu en France, au « Théâtre nouveau » le 21 janvier 1895. Mais « l’Œuvre » ne disposait pas des moyens nécessaires pour donner un tel spectacle 3. En 1898, des représentations fort
1 Halvdan Koht, Henrik Ibsen , eit diktat liv, I, pp. 349-350.
* Lettre du 9 avrü 1885, dans Ludvig Josephson, EU och annat om Henrik Ibsen och Kristiania teater , p. 106.
3 On trouvera une analyse des comptes rendus dans Dikka Reque, Trois auteurs Scandinaves devant la critique française , pp. 114-118.