REPRÉSENTATIONS
médiocres furent données à Berlin, et le drame fut joué d’une façon plus satisfaisante à Copenhague, en présence de l’auteur, à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. En Allemagne, à partir de 1902, il a été joué sur divers théâtres.
Et il faut attendre jusqu’à 1904, trente-huit ans après la publication, pour qu’il soit enfin donné en son entier à Oslo. Évidemment, les directeurs avaient souvent songé à le donner, mais s’effrayaient de la tâche trop difficile. Pendant la première saison 1904-1905, on eut 29 représentations, et depuis lors, les reprises ont été fréquentes. Je l’ai vu en 1922 avec Egil Ejde qui a, comme Brand, une fort belle allure, et surtout avec Johanne Dybwad, qui a su faire de Gerd une apparition fantastique par laquelle le drame, si réaliste à certains égards, est violemment ramené, dès le premier acte, sur un autre plan.
Ibsen n'a pénétré en Russie qu’assez tard, et Brand est le drame qui produisit le plus d’effet. Il a été joué en 1907 au « Théâtre d’Art » de Moscou, et ensuite a circulé dans tout le pays. Maria Germanova, qui jouait Agnès, a écrit :
Les idées exprimées dans cette pièce correspondent si parfaitement à notre temps, elles étanchent si bien la soif qu’éprouve surtout précisément la société russe, que les gens écoutaient avec la même ardeur qu’on voit chez ceux à qui l’on offre de l’eau bien fraîche par une atroce chaleur. La tempête et la joie qui suivirent le grand discours de Brand devant l'église neuve furent indescriptibles. Tout le monde se leva soudain, et il n’y eut pas un visage dans la salle qui ne fût ému.
La même scène se reproduisit après ce même discours, cinq ans plus tard, à New-York, à une représentation donnée par une troupe russe L Là, comme à Stockholm, l’effet était produit par l’extraordinaire intensité de l’œuvre, mais on peut soupçonner un certain écart entre la pensée d’Ibsen et celle de ses admirateurs. Merejkowsky voit surtout dans Brand « la haine du patriotisme » 9.
1 D’après Halvdan Koht, op. cit,t p. 354*
* The life-work of Hendrik Ibsen , p. 17.
ŒUVRES D’ITALIE
Cette particulière importance de Brand dans l’opinion russe a peut-être décidé Georges et Ludmila Pitoeff à choisir ce drame pour le jouer à Paris le 28 mars 1928, le jour du centenaire d’Ibsen.
Mais si l’œuvre, malgré les erreurs d’interprétation, s’est ainsi répandue et a grandi dans l’opinion universelle, son auteur, au contraire, s’en est peu à peu désintéressé. Oubliant avec quelle passion il l’avait écrite, il a dit, dès 1869, qu’elle était « plus objective qu’on ne pense 1 * », puis, en 1870, a prétendu que c’était « un ouvrage esthétique... et rien d’autre 3 », Un jeune écrivain qui vécut dans son intimité rapporte qu’en 1876 il paraissait l’aimer moins que ses autres livres3, Et plus tard, à une dame qui le félicitait spécialement pour Brand , il répondit : « C’est quelque chose que j’ai écrit dans ma jeunesse4. » A distance, Ibsen s’est évidemment rendu compte que l’œuvre, écrite trop vite, ne s’était pas suffisamment dégagée des impressions qui l’avaient suggérée. C’est sans doute pourquoi il dira plus tard à un jeune ami qui allait en Italie pour la première fois de ne pas écrire une ligne pendant la première année de son séjour 5.
1 Lettre à Brandés, Breve, I, p. 188.
â Lettre à Laura Kieler, ibid p. 207.
3 John Paulsen, Samliv med Ibsen , 1913, p. 193.
* Sigurd Host, Ibsens digtning og Ibsen selv? p. 133.
5 John Paulsen, op cit p. 28,