ARRIVÉE A LOM
aussi l’endroit même, auquel il a consacré un article qu’il a publié dans la revue de Botten Hansen 1 , pour accompagner une gravure « d’après un dessin original », et ce dessin est évidemment son oeuvre. Une série d’autres dessins suivront dans cette revue. Celui-là est le premier, et l’article explique pourquoi : le lac Mjôsen et le bas Gudbrandsdal ne l'ont pas inspiré, il préfère les formations de montagnes plus grandioses.
Les notes d’Ibsen continuent :
A pied à Listad, canton de Froen ; long chemin, pays superbe, mais endroit cher. Restés là le samedi et repartis le dimanche 29. Plusieurs fois en voiture ce jour-là, et arrivés le soir dans le canton de Vaage au relais d'Aasoren où nous avons séjourné jusqu'au dîner. Mercredi 2 juillet vilain temps, essayé une promenade en montagne qui n'a pas réussi. Excellentes gens à la station, surtout le vieux Guthorm, dont parle Asbjôrns n. De là en voiture louée à Skar où nous nous sommes séparés, Isachsen allant par Hedalen à l'aventure vers les chalets de pacage, et moi tout modestement au long de la vallée de Vaage à Svee où je suis maintenant tout seul et d’exécrable humeur. Le temps a été de nouveau pluvieux ce soir, mais paraît vouloir s'éclaircir.
C’est un voyage capricieux ; on s’arrête une journée à Listad, deux journées à Aasoren. Ibsen en profite évidemment pour causer avec les maîtres de relais et d’autres pa3^sans indiqués par eujç comme conteurs de légendes, car il sait que la région est fertile en contes ; mais Asbjôrnsen, qui venait de temps en temps chez Botten-Hansen, et avec qui sans doute Ibsen avait parlé de ses excursions, avait déjà passé par là, et il n’y avait pas grand’chose à récolter, surtout dans une expédition si rapide. Le 29 juin, il est à Kvam. Asbjôrnsen, par erreur, avait écrit que Per Gynt était de cette commune, alors qu’il était de Sôdorp, la commune voisine. Hage, la ferme du paysan fanfaron, était située dans la montagne, à une vingtaine de kilomètres de la route. Il est vraisemblable qu’Ibsen s’est informé.
1 lllustreret Nyhedsbîad , 1862, n° du 17 août.
ŒUVRES D’iTALIE
mais son carnet de route montre qu'il ne s’est pas détourné de son chemin, bien qu’un homme du pays, Paal Kluften, ait entendu raconter par les vieux paysans qu’il était venu à Hage en 1862 h La région continue, comme on voit, à créer des légendes.
Plus loin, près de l’église de Vaage, Ibsen a dû voir la colline rocheuse où se dessine vaguement une double porte ogivale, et peut-être lui a-t-on conté la légende qui s’y rapporte : « Le Jutul et Johannes Blossom », qu’il a sûrement reconnue pour l’avoir lue chez Asbjôrnsen. Cela n’a pas empêché un farceur, à l’Association des Étudiants, de le représenter dans un tableau vivant comme tout fier d’avoir découvert ce conte. Yngvar Nielsen, dans son récit de cette soirée, suppose même, — à tort, bien entendu, — qu’Ibsen avait commis la^bévue de le publier1 2 .
Un peu avant de quitter la vallée du Laagen pour se diriger vers l’ouest, mû sans doute par le souvenir d’une des premières œuvres de H. Wergeland, la Mort de Sinclair , inspirée par la triste fin, en cet endroit, du corps expéditionnaire commandé par cet officier écossais, il avait dessiné une vue de Kringen, — son second dessin, — qui fut aussi publié, mais cette fois avec une note de Botten-Hansen, qui profita de cette occasion pour opposer la vérité historique à la légende 3.
Ibsen nota ensuite ses nouvelles étapes quinze jours plus tard, et c’est au cours de cette quinzaine que se sont étrangement accumulées les fortes impressions qui devaient, deux ans après, grandement contribuer à lui suggérer son Brand. Parmi des résumés de contes ou histoires entendus, qui lui font constater que la production des légendes continue, je prends ce qui est relatif à son itinéraire :
Le jeudi 3 juillet je partis de Svee en barque jusqu'à Gardmo ; toujours temps pluvieux... Rendis jeudi soir visite au presbytère de Lom
1 Paal Kluften, « Per Gynt », dans Eddat XXX^p. 124.
â Erindringer fra et halvt aarhundredes vandreiiv , p. 71.
3 III. Nykedsblad, n° du 31 août 1862.