DEVANT L’ÉGLISE
Il est bien des cantons, au long de la Norvège, où vivre est jeûne en attendant qu’on soit noyé, où chacun trime et meurt, comme père et grand-père, sous les rocs éboulés ou les eaux qui débordent. Parfois, pour contenir la plèbe tout entière, la chambre des valets d’un riche suffirait ; on trouve mainte église où le toit courberait les dos, s'ils n’étaient pas fléchis par la misère.
Tel était ce pays, et telle était l’église, l’orage a nivelé son toit, brisé sa tour, la pluie a détaché la couleur de ses murs, les mauvais temps ont émietté les bois sculptés.
On peut à peine distinguer sous le goudron les serpents et sarments qui encadrent la porte, et les dragons, qui autrefois portaient le toit, sont remplacés par madriers et contreforts.
Sur le versant, dans un espace clos de haies, sont enterrés enfants et femmes du canton ; les cadavres des hommes gisent tous ailleurs, les uns sous des rochers, les autres dans la mer.