‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 8 sur 135 · LE PAYSAGE DE BRAND · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE DE BRAND

se rencontre dans le poème de Kjerulf et dans le récit de Vinje. Il se rencontre surtout dans le récit d'Ôstgaard, qui parle d'un pic appelé « l'Église », près d'où un troupeau de rennes a été précipité et enfoui sous la neige *. Tout cela constituait une partie du décor de Brand, et suggérait «l'église de glace». On ne peut s'étonner que les premiers vers écrits par Ibsen en septembre 1864, après son poème-préface, pour aborder l’histoire de Brand, aient été une vue d'ensemble du Jotunheim *.

M. Hans Eitrem, proviseur du principal lycée d’Oslo, parcourant le même chemin quTbsen suivit les 4 et 5 juillet 1862, rencontra un certain Johannes Urdahl, qui, au moins le second jour, avait accompagné les voyageurs. Il était de Skjolden, extrémité du fjord et point terminus de la traversée des fjelds. Il voulait rentrer chez lui et ne fut sans doute pas fâché de trouver des compagnons de marche. M. Eitrem, avec son obligeance que j'avais eu déjà l'occasion d'apprécier, m'a confié les notes qu'il avait prises, et m'a permis de m'en servir. Les compagnons d’Ibsen, outre Aubert, étaient un prêtre catholique norvégien, Stub, de Bergen, et Solfest Sôvde, qui servait de guide1 * 3. Celui-ci n’était pas un guide ordinaire, mais un riche négociant, très connu dans le canton, et qui venait à Lom lorsqu'il y avait marché. C’est sans doute pourquoi Ibsen a écrit dans ses notes : « Le marché des gens de Lom », et il a dû

1 N. R. Ôstgaard, ioc. cit ., p. 113.

4 V. les deux premières strophes de a Sur le haut fjeld s, p. 199.

3 II existe à la bibliothèque de runiversité d’Oslo un manuscrit 8258, d’après lequel le guide d’Ibsen a été un certain Erik Eriksen Saude, qui aurait été le modèle du paysan de la première scène de Brand. Mais ce manuscrit a été rédigé par un autre paysan, nommé Berteig, et celui-ci, comme me l’a écrit M. K. Visted, auteur d’une étude sur le voyage d’Ibsen, peut fort bien s’étre fait l’écho d’une légende, tandis que le récit recueilli par M. Hans Eitrem se trouve d’accord avec le fait qu’il y avait marché à Lom, et est, de plus, confirmé parce qu’il mentionne la présence d’un prêtre catholique. Ibsen a en effet parlé de ce prêtre à William Archer (The monthly Review , 1905, p. 17). Le groupe, a-t-il dit à celui-ci, comprenait en outre une femme malade attachée à un cheval.

ŒUVRES D'iTALIE

avoir occasion, le matin du 4, de causer avec eux. Sôlfest avait l'esprit alerte, et volontiers blagueur, il aimait conter des histoires, — un vrai type de la région de Sogn, disait Joh. Urdahl. Il avait réputation d’homme capable, mais il était à la fois avide et avare. La traversée des fjells eut Heu sans incidents, bien qu’il y eût beaucoup de neige, et de la brume. On fit halte à Husten (?) — pour prendre un repas, je suppose,

- — et l’on se reposa un peu devant la montagne qui s’appelle aujourd’hui Oscarshaug, avant de commencer la descente. De là, on voyait devant soi les pics de Skagastôl, et à droite, le fameux Fanaraaken, que Wergeland, précurseur du tourisme norvégien, avait visité en 1832, et qui lui avait inspiré son poème dramatique Spaniolen , où un réfugié politique espagnol meurt, surpris par un des brusques tourbillons de neige que soulève le glacier capricieux. Dans la réalité comme dans la fiction, les histoires de voyageurs ayant péri dans des orages ou sous des éboulements n’étaient pas rares. Sôlfest devait succomber ainsi quelques années plus tard.

Puis ce fut la descente. En fait, elle avait commencé depuis longtemps, mais après l'arrêt devant Oscarshaug, elle devient rapide, en trois degrés : la haute vallée, de Turtagrô à Fortun, la basse vallée, de Fortun à un lac qui précède le fjord, enfin du lac au port de Skjolden. D’en haut, surtout d’un endroit appelé Berge, lorsque la vue est claire, la surface du lac paraît s’incurver. Le temps devait être beau, car Ibsen a noté ce détail dans le « Brand épique » :

11 reconnut le lac étroit qui s’incurvait, tout noir.

Et surtout il a donné une très exacte description de la descente de Fortun K

L’histoire du troll qui n'enjamba pas assez loin est une légende locale de Fortun, accommodée par Ibsen. Il a dû

* V. les trois premières strophes du chant « Les chemins de l’Église », p. 221.

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