‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 9 sur 135 · VV V · texte numérisé non relu

VV V

ARRIVÉE A HELLESYLT

l'entendre conter pax Johannes Urdahl ou par Sôlfest Sovde lorsqu'il a passé devant un rocher que l'on dit être le troll pétrifié *. Il la connaissait déjà, d’ailleurs, par le récit de Vinje*. Il avait eu de la chance, ayant eu le brouillard dans la haute montagne, et trouvant le temps clair dans le bas pays : cette succession se retrouvera dans le Brand dramatique. Mais la descente est sans doute ce qui l'a le plus frappé, car c'est lui-même, évidemment, qui a dit à Henrik Jæger ce que celui-ci rapporte : « La vue qu'on a du haut fjeld sur l'étroite vallée de Fortun, avec les sauvages flancs abrupts de la montagne, était l’une des impressions qu'il avait toutes vives devant les yeux 3. » Jæger a écrit ces lignes sans connaître les premières strophes du chant « Les chemins de l'Église », et leur curieuse description de topographie démographique. Le « Brand épique » n'était pas encore connu lorsqu'il a composé son livre, et dans le drame, le décor est bien resté le même, mais moins exactement copié.

Et la longue journée s'achève. Mais le pont sur la rivière de Skjolden est rompu : encore un motif qui sera dans Brand (dans le « Brand épique », il n'est que vermoulu). Il fallut donc passer la rivière en barque pour gagner le terrain plat formé sur sa rive droite par ses alluvions (ôren) : c'était sur cette plage que s'élevait la maison de Marie Sjurdatter Skjolden, veuve très riche de biens fonciers et fort religieuse, chez qui Ibsen passa la nuit. La maison était exactement située comme le sera celle de la mère de Brand.

Le lendemain, on partit de fort bonne heure par le vapeur Framnœs pour faire escale, le soir, à Lærdal, où il y avait un champ d'exercices militaires avec sa grande tente rouge 4.

1 Yngvar Nielsen, Rejschaandbog , 77, Del ôstenfjeldska N orge , ne éd., p. 89.

2 Fjôlstaven min , dans le nytaarsgave de Y Illustrer et Nyhedsblad pour 1862,

3 Henrik Ibsen , et litercert livsbillede , p. 177.

4 Figure sur une carte peu postérieure (inédite) au Geografiske opmaalings kontor.

ŒUVRES D’ITALIE

Ibsen, dans le « Brand épique », a bizarrement transféré cette tente à Skjolden. Voici la suite (et la fin) de ses notes de voyage :

Parti de là [de Skjolden] avec le vapeur le dimanche matin 6 juillet de fort bonne heure, et arrêt à Lærdal depuis le dîner jusqu'à minuit. Continué Aurland, Nærôfjord, etc. — Arrivé à 3 heures à Vadem, d'où à Sande où j'ai passé la nuit. Mardi 8 juillet à Vasenden sur le lac de Jôlster, mercredi 9 juillet, à Reed, au delà du lac de Jôlster, par la pierraille de Fôrde, terrible vallée, ou plutôt crevasse entre les monts rocheux, et traversé le lac de Bræheim. Jeudi 10 juillet de Reed par le fjeld à Utvik, et de là à Faleidet. Vendredi n juillet à Sunelven, resté là jusqu'au mercredi 16 juillet et parti alors par le vapeur Sôndmôre pour Sôholt, que je n'ai pas encore quitté jeudi.

Le Framnces a donc déposé Ibsen à Vadem le 7 juillet et a poursuivi sa route vers Bergen, où Aubert, Stub, et peut-être Soif est Sôvde sont arrivés le lendemain soir. Ibsen est maintenant seul. Son changement d’itinéraire ne doit pas prolonger son voyage, et il se hâte. En quatre jours il parcourt environ 150 kilomètres sur des barques et à peu près autant à pied, — ou en voiture quand il a la chance de rencontrer un paysan qui peut le prendre dans sa charrette. Le bateau le repose de la marche. Pour abréger, il prend le raccourci de la pierraille de Fôrde, dont le parcours est très pénible. Mais il est très en forme, et s’arrête pour dessiner une vue du lac de Bræheim, qu'il accompagnera d’un article et publiera dans la revue de Botten Hansen.

Sur tout ce parcours on ne connaît aucun détail, si ce n'est que le temps était très froid le dernier jour, et qu'il arriva transi à la dernière station de relais, à Kjelstadli, où il demanda un petit verre d'alcool. Le patron lui répondit qu'il n’avait pas le droit d'en vendre et sortit de la salle. Mais peu après il revint avec une bouteille et un verre qu'il posa sur la table, puis sortit de nouveau. Ibsen but un verre ou deux, et déposa une pièce de 12 skillings. Cette façon d’observer la loi l’amusa fort, car ayant rencontré, bien des années plus tard, le député

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