‹ Œuvres complètes. tome septièmeChapitre 81 sur 135 · LE COMMIS · texte numérisé non relu

LE COMMIS

C'est que monsieur

le bailli est drôle.

LE BAILLI

Silence !

L'assemblée n'a rien d'une farce ; la blague sert contre les larmes.

EJNAR, sort avec Agnès du groupe qui les entourait.

J'ai vidé la dernière poche, bourse et portefeuille sont vides je serai à bord un mendiant, et mettrai canne et montre en gage.

LE BAILLI

Vous êtes là au bon moment.

Ce que j'ai recueilli est peu,...

ne suffit pas, vous pensez bien, quand des pauvres mi-rassasiés doivent distribuer leurs miettes à ceux qui n'ont rien sous la dent.

(Il remarque Brand et le désigne.)

Un de plus ! Bien ! Si vous avez entendu parler de famine, inondations, et sécheresse, ouvrez la bourse, toute grande.

BRAND

Nous acceptons n’importe quoi.

Nos provisions vont être à bout cinq poissons, dans notre désert, ne donnent plus de quoi manger.

BRAND

Dix mille, donnés au nom d’un faux dieu, n’aideraient aucune âme.

LE BAILLI

Je ne demande pas des mots.

Que sont-ils pour des ventres vides?

EJNAR

Tu ne sais pas, évidemment, les durs et longs malheurs du peuple ! Mauvaise année, famine, on meurt.

Des cadavres...

BRAND

Je le vois bien,

à tous les yeux cerclés de plomb on reconnaît qui règne ici.

LE BAILLI

Et vous êtes dur comme acier !

BRAND, s’avance parmi la foule et dit avec force :

Si la vie suivait, molle et plate, son lent cours d’ordinaire gêne, vos cris de faim me toucheraient.

Si pour rentrer chez soi, on doit ramper, la bête en vous s’éveille.

ŒUVRES D’ITALIE

Quand les jours, lourds, réguliers, vont au pas, comme un convoi funèbre, alors on est près de se croire rayé du livre du Seigneur.

Meilleur il s’est montré pour vous, semant l’effroi dans votre sang, vous flagellant jusqu’à la mort, et reprenant les biens donnés...

PLUSIEURS VOIX, l'interrompant y menaçantes . C'est insulter notre détresse.

LE BAILLI

Outrager ceux qui ont donné !

BRAND, branle la tête.

Si je pouvais, de tout mon sang vous soulager et vous guérir, oh, comme il jaillirait à flots, jusqu’à sécher mes veines vides.

Mais l’aide, ici, serait péché !

Dieu veut vous sortir de la fange ;... un peuple faible, mais vivant, puise en sa gêne élan et muscles ;

• l’œil vague acquiert vue de faucon,

il voit loin, d’un regard précis, le vouloir faible lutte, et compte victoire sûre, après combat ; mais si du mal ne naît pas l’acte, ce tas ne vaut pas qu’on le sauve !

BRAND

UNE FEMME

L'orage, sur le fjord, se lève, comme excité par ses paroles !

UN AUTRE

Il défie Dieu ! Oui, vous verrez !

BRAND

Votre Dieu ne fait de miracles !

LES FEMMES Voyez quel temps !

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