‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 10 sur 300 · ÉLABORATION DIFFICILE · texte numérisé non relu

ÉLABORATION DIFFICILE

passer chez Hegel, évidemment parce qu’il la trouvait, avec raison, bien moins intéressante que Les Guerriers à Helgeland , La Comédie de V Amour, et Les Prétendants à la Couronne , ou même que Catilina. Mais il en avait lui-même remis un exemplaire à Valfrid Vasenius, qui en avait parlé favorablement dans son second livre sur lui, et il n’était pas fâché d’avoir l’occasion d’écrire une préface sur la critique norvégienne et sur sa prétendue imitation de Henrik Hertz. Hegel, qui avait lui-même songé à proposer cette réédition, s’empressa, la préface et les corrections peu importantes ne prirent pas beaucoup de temps, comme le prévoyait Ibsen, et le livre parut en juin.

A part cela et la lecture des journaux où il suivait les étapes de la crise politique norvégienne, il ne fut pas troublé dans ses « méditations ». A la fin de juin, il se rendit avec sa femme et son fils à son cher Gossensass, où l’on ne voit pas que rien l’ait dérangé. Revenu à Rome, il vécut plus retiré que jamais, car il y avait moins de Scandinaves que d’habitude, et il écrivit à Hegel, le 27 décembre : « Je vis d’ailleurs très tranquille et isolé, et n’ai pas vu jusqu’ici beaucoup de compatriotes h » En décembre et janvier, saison des nouveautés littéraires dans les pays Scandinaves, il lut les livres que Hegel lui envoya, comme d’habitude. Sa pièce progressait toujours sans que ses notes révèlent quelle en était la fable, ni même s’il en avait une bien définie. Elles donnent seulement quelque indication sur le premier et le second acte, mais ne précisent aucun sujet d’intrigue. Le lien ancien entre le vieil Ekdal et l’ usinier Werle n’y est pas indiqué, non plus que la camaraderie entre Hjalmar et Gregers, qui ne se tutoient pas, non plus que les doutes au sujet de la naissance de Hedvig (bien que la faiblesse de sa vue soit indiquée dans le manuscrit VI). Tout cela, Ibsen n’éprouve pas le besoin de le noter à mesure qu'il l’imagine. Mais il a tout le temps un plan dans la tête, un plan qui change,

Brève, II, p. 129»

car il écrit à Brandès, le 12 juin 1883, c’est-à-dire lorsqu’il n’en est pas encore à la moitié de la période des simples notes, qu’il « se débat avec l’esquisse d’une pièce en quatre actes 1 », et il n’aurait sans doute pas donné cette précision s’il n’avait pas eu en tête un plan provisoire complet. Mais sur les modifications de la fable, aussi bien que sur les changements successifs du vrai sujet du drame, on ne peut que faire des hypothèses.

1 Brève , II, p. 122.

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