LE DRAME ACHEVÉ
cette bizarrerie n’avait pas été le résultat d’une importante modification aussi tardive ' .
Une fois le remaniement du premier acte bien conçu dans son esprit, Ibsen a écrit son brouillon complet sans hésitation, en cinq semaines environ, avec seulement deux jours de repos entre le troisième et le quatrième acte. Et il écrivit le 14 juin à son éditeur :
J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai achevé hier le brouillon de ma nouvelle pièce. [...] Il reste donc la mise au net, que je commencerai dès demain. Toutefois, comme d'habitude, elle n’est pas un simple travail de copie, mais plutôt un complet remaniement en ce qui concerne les répliques. Cela demandera donc du temps, mais je considère comme assuré, si nul empêchement imprévu n'intervient, que le manuscrit entier pourra être entre vos mains d'ici le milieu de septembre 1 * 3.
Cette fois, il ne s'est pas trompé. Le manuscrit fut envoyé le 2 septembre 3. Le remaniement des répliques a donc pris plus du double du temps qui avait été nécessaire pour les écrire. Cela n’a tenu à aucun empêchement imprévu, car il partit vers le Ier juillet pour Gossensass, « afin de trouver le calme et la solitude nécessaires à ce travail », en même temps que sa femme et son fils allaient ensemble passer les vacances en Norvège4. La solitude et le calme ne pouvaient être plus complets.
A Rome, à partir du 14 juin, puis à Gossensass, il relut avec soin son brouillon, y introduisit quelques corrections, mais aussi nota sur de nouveaux cahiers les corrections plus étendues
1 L’invraisemblance du manque total de relations entre Gregers et son « unique et meilleur ami » est soulignée la première, parmi beauucoup d’autres, dans l’article du regretté Anders Wyller sur Le Canard sauvage ( Edda , XX XVI, pp. 269-305), car il estime que la pièce fourmille de semblables inconséquences. C’est pourquoi, tout en l’admirant comme œuvre littéraire, il l’a choisie à titre d’illustration pour sa théorie sur l’art littéraire. Car, dit-il, « aucun drame, plusque celui-là, ne peut être fondé sur l’arbitraire en fait de psychologie et de réalisme a (p. 277).