‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 167 sur 300 · NOSTALGIE · texte numérisé non relu

NOSTALGIE

près de sept heures. Et surtout, il était content de voir son fils entré enfin dans la carrière diplomatique en service norvégien. Nommé en 1884 employé au bureau des consulats, qui dépendait du ministère de Flntérieur norvégien, parce que la Norvège n’avait pas de ministère des Affaires étrangères distinct, Sigurd Ibsen fut promu, dès le milieu de janvier 1885, attaché au ministère des Affaires étrangères, d’où il devait passer, la même année, attaché à la légation suédo-norvégienne de Washington.

L’hiver fut très froid à Rome, cette année-là. C’est peut-être pourquoi il écrivit à Hegel, le 2 mars, qu’il irait probablement à la campagne plus tôt que d’habitude, « mais rien n’est encore décidé » K Puis, soudain, dans sa lettre du 25 avril, déjà citée, où il dit qu’il pense aller dans le Tyrol ou sur les bords du lac de Constance, il ajoute :

Il est douteux que nous revenions à Rome. Pour plusieurs raisons, il serait commode pour moi de rester de nouveau un an en Allemagne, où je pourrais veiller mieux que d'ici à bien des affaires littéraires. De plus, je me rapproche ainsi un peu plus de mon pays, et ces temps derniers j'ai commencé à fortement penser à m'acheter une petite villa, ou plutôt une maison de campagne près de Kristiania, sur le fjord, où je pourrais vivre tout à fait à l'écart, et uniquement occupé de mon travail. La vue de la mer est ce qui me manque le plus ici, et le sentiment de cette privation va croissant chaque année.

Voilà Ibsen pris de nostalgie. Et il a aussi le désir de s’installer chez lui, au lieu de vivre dans des appartements meublés, comme il l’a fait à Rome, à Dresde et à Munich, laissant même sa collection de tableaux dans un garde-meuble. Cette crise progressa, et vers la fin de mai, il partit, non pour aller à la campagne en Allemagne, mais pour se rendre en Norvège, évidemment avec l’idée de se rendre compte s’il pourrait enfin y rentrer. Il quittait l’Italie pour n’y plus revenir.

Il y était venu vingt et un ans plus tôt, et, en deux séjours,

Brève , II, p. 143.

y avait passé près de la moitié de ce temps. Il y avait écrit Br and, Peer Gynt, Maison de Poupée , Les Revenants, Un Ennemi du Peuple et Le Canard sauvage. Le spectacle des ruines romaines lui avait suggéré son double drame sur l'empereur Julien. Il y avait joui, autrefois, de la libre vie sans façons qui était admise dans le milieu Scandinave de Rome, et il avait alors beaucoup circulé dans la campagne romaine, et visité musées et monuments. Mais c'était autrefois, il n’était plus marcheur et vivait très retiré. Il ne s’était jamais mêlé à la société italienne, avait connu seulement quelques Italiens qui fréquentaient l’aristocratie cosmopolite. Rome n’offrait plus pour lui le même intérêt.

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