‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 176 sur 300 · A COPENHAGUE · texte numérisé non relu

A COPENHAGUE

Mais depuis son départ de Kristiania, de nouveaux événements étaient survenus. Ibsen s'était arrêté à Copenhague et arriva chez Brandès, « las, sombre, amer à l'égard de toute politique et de tous politiciens » h Brandès l'invita à dîner, lui et sa femme, et réussit à lui faire accepter de venir à la fête donnée par l'Association des Étudiants radicaux, en l'honneur des étudiants de première année, ce qu'il avait d'abord refusé 1 2. La fête eut lieu précisément le 3 octobre, le même soir où Dietrichson faisait son premier compte rendu. Ibsen fut très en retard, entendit un discours de Harald Hoffding, puis se leva et se contenta de dire : « Je ne veux pas faire un discours, mais seulement une déclaration. Je veux être un rus (étudiant de première année) toute ma vie. Le jour où je ne le serai pas, je me considérerai comme indigne de vivre3. » Puis, Brandès avait prononcé un discours en l'honneur de « l’homme qui ne recule pas ». Ensuite, Ibsen se plut au milieu de cette société nombreuse, où il n'était venu qu’avec quelque répugnance, et y resta jusqu’à une heure du matin; au cours de la conversation, G. Brandès avait dit que la vraie raison du refus d'Ibsen à l'invitation de l'Association des Étudiants de Kristiania était « qu’il n'y avait pas d'étudiants en Norvège ». Ce propos amena un incident au punch du 10 octobre entre Dietrichson et Otto Anderssen, qui était présent lorsque Brandès l’avait dit, et à qui Dietrichson reprocha de n'avoir pas protesté.

C'est à Kristiania que les suites de l'invitation refusée prirent une réelle importance. Dès le 16 octobre, six jours après la fameuse séance du compte rendu publié, une réunion de protestation votait l'adresse suivante à Ibsen :

Henrik Ibsen î

Réunis à l’occasion de la conduite de l’Association des Étudiants à votre égard, nous déclarons :

1 Brandès, Levned, III, p. 124.

2 Ibid., p. 146.

;i Dagbladet, 1885, n° 353, d’après Politiken

T. XIII

que l'Association des Étudiants ne peut prétendre avoir été samedi dernier le représentant de l’ensemble des étudiants.

Avec respect et dévouement nous vous disons :

Entre vous et nous, il y a une communauté vivante. Vos œuvres vous ont concilié notre affection tout en pénétrant nos esprits.

Beaucoup de vos espoirs sont devenus les nôtres. Sur vos vieux jours, c’est quand même à la jeunesse que vous parlez. Et nulle part vous ne trouverez autant d’écho que dans les cœurs des étudiants norvégiens.

Vous avez été pour nous un guide, et nous vous avons suivi. Heureuse rencontre la prochaine fois. Face à face, il n’y aura pas de malentendu entre nous.

L’adresse, après discussion, fut votée contre une cinquantaine de voix. Le nombre des présents fut compté à la sortie : ils avaient été 850.

Ibsen répondit de Munich, le 8 novembre, au président de la séance :

Monsieur l’avocat Fr. Stang Lund,

C’est avec une vive joie que j’ai reçu de vous l’adresse votée par les citoyens académiques réunis à l’Association ouvrière le samedi 17 octobre.

Dans les paroles cordiales de l’assemblée, je trouve confirmation d’un espoir auquel je n’ai jamais renoncé, l’espoir que la grande majorité de la jeunesse étudiante en Norvège, de même que dans le reste de l’Europe, est, au fond, alliée avec les grandes puissances qui luttent, éclaircissent, et vont toujours de l’avant dans les domaines de la recherche, de l’art et de la poésie.

Je vous prie de transmettre par ces lignes mes chaleureux remerciements à tous ceux qui ont invité et pris part à la réunion.

Votre dévoué.

Henrik Ibsen.

Le lendemain, c’est-à-dire le samedi 17 octobre, car dans sa lettre Ibsen s’est trompé en disant que l’adresse avait été votée ce jour-là, la discussion reprit à l’Association des Étudiants à propos de la réunion de protestation. La passion exaltant les esprits, on était de plus en plus hostile à Ibsen, que l’on accusait de combattre le christianisme. Pas de compromis ! La ques-

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