‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 195 sur 300 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Non. Il tourne court. Il fait le détour, aujourd'hui encore.

(Elle s'éloigne de la fenêtre.)

Un long détour.

MADAME HELSETH

Mon Dieu, oui. Ce doit être pénible pour le pasteur de traverser cette passerelle. L'endroit où pareil malheur est arrivé...

REBEKKA, roulant son tricot.

On reste longtemps attaché à ses morts ici, à Rosmersholm.

Moi, je crois, mademoiselle, que ce sont les morts qui restent longtemps attachés à Rosmersholm.

REBEKKA, la regarde.

Les morts?

MADAME HELSETH

Oui, on dirait presque qu’ils ne peuvent pas se séparer entièrement de ceux qui restent après eux.

REBEKKA

D'où vous vient cette idée?

MADAME HELSETH

Car sans cela, je pense que ce cheval blanc ne viendrait pas ici.

REBEKKA

Oui, qu'est-ce donc au juste, cette histoire de cheval blanc, madame Helseth?

MADAME HELSETH

Oh ! ce n'est pas la peine d’en parler. Vous ne croyez d'ailleurs pas à ces choses-là.

t. xiii.

REBEKKA, regarde.

L'homme qui est là?

Mais c'est le proviseur !

(Elle va vers la fenêtre.)

MADAME HELSETH Oui, c'est vrai, c'est le proviseur.

REBEKKA

Ah ! ça me fait plaisir ! Car vous allez voir qu’il vient chez nous.

MADAME HELSETH

Il va tout droit par la passerelle, lui. Et pourtant, elle était sa propre sœur... Eh bien ! alors, je vais mettre le couvert, mademoiselle.

(Elle sort à droite.)

(Rebekka reste un moment debout près de la fenêtre; puis elle salue , sourit et fait un signe de tête.

Le jour commence à baisser.)

REBEKKA, va parler à la cantonade par la porte de droite.

Oh ! chère madame Helseth, vous trouverez quelque chose de tout à fait bon à mettre sur la table. Vous savez bien les préférences du proviseur.

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