‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 198 sur 300 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Il est vrai que je suis tellement faite à la maison, qu’il me semble presque en faire partie, moi aussi.

KROLL

Vous, oui. Je le pensais bien.

REBEKKA

Et tant que monsieur Rosmer trouvera que ma présence peut lui être agréable et utile,... oui, je resterai sans doute ici, je pense.

KROLL, la regarde avec émotion .

Savez-vous bien,... il y a là quelque grandeur, pour une femme, à laisser ainsi s’écouler toute sa jeunesse en dévouements pour d’autres.

REBEKKA

Oh ! à quoi d’autre pourrais-je me consacrer?

KROLL

Vous avez eu ici d’abord ces fatigues incessantes avec votre intraitable père adoptif paralytique...

REBEKKA

N’allez pas croire que le docteur West était si intraitable là-haut dans le Finmark. Ce sont les terribles voyages en mer qui l’ont brisé. Mais quand nous sommes ensuite venus ici,... oui, deux années pénibles ont passé avant que ses forces fussent épuisées.

KROLL

N’ont-elles pas été encore plus pénibles pour vous, les années qui ont suivi?

REBEKKA

Non, comment pouvez- vous dire cela ! Moi qui avais

tant d'affection pour Beate... Et quand elle, la pauvre, avait un si triste besoin de soins et de ménagements.

Soyez remerciée et louée de ce que vous vous souvenez d'elle avec indulgence.

REBEKKA, se Yapproche un peu.

Cher proviseur, vous dites cela si gentiment et cordialement que cela ne recouvre, j'en suis sûre, aucune malveillance.

KROLL

Malveillance? Que voulez- vous dire?

REBEKKA

Oh ! il n'y aurait là rien de surprenant si vous éprouviez quelque amertume à me voir, moi, étrangère, tout diriger à ma guise à Rosmersholm.

KROLL

Non, comment avez- vous pu... !

REBEKKA

Mais il n'en est donc rien.

(Elle lui tend la main.)

Merci, cher proviseur ! De cela je vous remercie.

KROLL

Mais comment cette idée a-t-elle pu vous venir?

REBEKKA

Je commençais un peu à le craindre, parce que vous veniez si rarement nous voir.

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