ACTE PREMIER
KROLL
Comment? Une vie comme la sienne! Je crois presque qu’il serait capable de bouleverser encore une fois tes idées.
ROSMER
Oh! non, vois-tu. Aujourd’hui mes convictions sont bien établies sur tous les points.
KROLL
Tant mieux, cher Rosmer. Car tu es fort accessible aux impressions extérieures.
Asseyons-nous. Et je vais te parler.
KROLL
C’est cela.
(Ils s’asseyent sur le canapé.)
ROSMER, au bout d’un moment.
Ne trouves-tu pas que nous sommes bien et agréablement ici?
KROLL
Oui, c’est bien, ici, et agréable... et paisible. Oui, tu as là un foyer, Rosmer. Et j’ai perdu le mien.
ROSMER
Voyons, ne dis pas cela. Ce qui est divisé aujourd’hui se réunira de nouveau.
KROLL
Jamais. Jamais. La blessure ne se fermera pas. Ça ne pourra jamais être comme auparavant.
ROSMER
Écoute, Kroll. Nous avons été intimes pendant de
longues, très longues années. Peux-tu imaginer que notre amitié puisse se briser?
KROLL
Je ne sais rien au monde qui pourrait amener une rupture entre nous. D’où te vient pareille idée?
ROSMER
De ce que tu attaches une importance si décisive à l’accord dans les opinions et façons de voir.
KROLL
Hé ! oui ; mais nous sommes à peu près d’accord, tous les deux. Au moins dans les grandes questions fondamentales.
ROSMER, à voix basse.
Non. Plus maintenant.
KROLL, va bondir.
Qu’est-ce que tu dis là?
ROSMER, le retient.
Non, reste assis. Je t’en prie, Kroll.
KROLL
Qu’est-ce que ça signifie? Je ne te comprends pas. Parle net !
ROSMER
Un renouveau s’est produit dans mon esprit. J’ai une vision nouvelle de jeunesse. Et c’est pourquoi j’en suis là...
KROLL
Où,... où en es-tu?
ROSMER
Où en sont tes enfants.