‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 212 sur 300 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

KROLL

Comment? Une vie comme la sienne! Je crois presque qu’il serait capable de bouleverser encore une fois tes idées.

ROSMER

Oh! non, vois-tu. Aujourd’hui mes convictions sont bien établies sur tous les points.

KROLL

Tant mieux, cher Rosmer. Car tu es fort accessible aux impressions extérieures.

Asseyons-nous. Et je vais te parler.

KROLL

C’est cela.

(Ils s’asseyent sur le canapé.)

ROSMER, au bout d’un moment.

Ne trouves-tu pas que nous sommes bien et agréablement ici?

KROLL

Oui, c’est bien, ici, et agréable... et paisible. Oui, tu as là un foyer, Rosmer. Et j’ai perdu le mien.

ROSMER

Voyons, ne dis pas cela. Ce qui est divisé aujourd’hui se réunira de nouveau.

KROLL

Jamais. Jamais. La blessure ne se fermera pas. Ça ne pourra jamais être comme auparavant.

ROSMER

Écoute, Kroll. Nous avons été intimes pendant de

longues, très longues années. Peux-tu imaginer que notre amitié puisse se briser?

KROLL

Je ne sais rien au monde qui pourrait amener une rupture entre nous. D’où te vient pareille idée?

ROSMER

De ce que tu attaches une importance si décisive à l’accord dans les opinions et façons de voir.

KROLL

Hé ! oui ; mais nous sommes à peu près d’accord, tous les deux. Au moins dans les grandes questions fondamentales.

ROSMER, à voix basse.

Non. Plus maintenant.

KROLL, va bondir.

Qu’est-ce que tu dis là?

ROSMER, le retient.

Non, reste assis. Je t’en prie, Kroll.

KROLL

Qu’est-ce que ça signifie? Je ne te comprends pas. Parle net !

ROSMER

Un renouveau s’est produit dans mon esprit. J’ai une vision nouvelle de jeunesse. Et c’est pourquoi j’en suis là...

KROLL

Où,... où en es-tu?

ROSMER

Où en sont tes enfants.

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