ACTE PREMIER
KROLL
Et tu crois qu’ils le peuvent?
ROSMER
Oui.
KROLL
Par leur propre force, alors?
ROSMER
Oui, justement, par leur propre force. Il n’y a pas d’autre moyen.
KROLL, se lève.
Est-ce là un langage qui convient à un prêtre?
ROSMER
Je ne suis plus prêtre.
KROLL
Oui, mais... ta foi d’enfance...?
ROSMER
Je ne l’ai plus.
KROLL
Tu n’as plus... !
ROSMER, se lève.
Je l’ai abandonnée. Il m’a fallu l’abandonner, Kroll.
KROLL, très ému , mais se maîtrisant.
Vraiment... Oui, oui, oui. L’un entraîne l’autre... Était-ce peut-être pourquoi tu as quitté le service de 1 Église?
ROSMER
Oui. Lorsque j’ai acquis nettement conscience,... lorsque je suis devenu tout à fait sûr qu’il ne s’agissait pas seule-
ment d’une inquiétude passagère, mais que je ne pourrais ni ne voudrais jamais m’en départir,... j’ai quitté le service.
Il y a donc eu en toi une longue fermentation. Et nous,... tes amis, nous n’en avons rien su. Rosmer, Rosmer,... comment as-tu pu nous cacher la triste vérité !
ROSMER
Parce qu’il me semblait que c’était une question qui ne concernait que moi. Et puis, je ne voulais causer, à toi et aux autres amis, aucune peine inutile. Je pensais pouvoir continuer à vivre ici tranquille, satisfait et heureux. Je voulais me plonger dans tous les ouvrages qui avaient été pour moi jusqu’alors des livres interdits. Me familiariser tout à fait avec ce grand monde de la vérité et de la liberté qui m’a été révélé.
KROLL
Renégat. Chacune de tes paroles en témoigne. Mais pourquoi avoues-tu tout de même ton secret reniement? Et pourquoi précisément aujourd’hui?
ROSMER
C’est toi-même qui m’y as forcé, Kroll.
KROLL
Moi? Je t’ai forcé...?
ROSMER
Lorsque j'ai appris combien tu étais violent dans les réunions publiques,... lorsque j’ai lu quels discours peu charitables tu y prononçais,... avec toutes tes attaques haineuses contre ceux qui sont de l’autre côté,... ta répro-