ACTE PREMIER
(Un soupçon germe en lui.)
Cela aussi! Les paroles de Beate!...
ROSMER
Beate?...
KROLL, repousse son idée.
Non, non,... c’était vilain... Pardonne-moi.
ROSMER
Quoi? Qu’est-ce?
KROLL
Pas un mot de plus là-dessus. Fi ! Pardonne-moi. Adieu.
(Il se dirige vers le vestibule.) ROSMER, le suit.
Kroll ! Il ne faut pas que ce soit ainsi fini entre nous. Demain j’irai te trouver.
KROLL, dans le vestibule , se retourne.
Ne mets pas les pieds chez moi !
(Il prend sa canne et sort.)
Rosmer reste un moment dans la porte ouverte ; puis il la ferme et va vers la table.)
ROSMER
Ça ne fait rien, Rebekka. Nous supporterons bien cela. Nous deux, amis fidèles. Toi et moi.
REBEKKA
Que voulait-il dire, crois-tu, quand il a dit : fi?
ROSMER
Ne t’inquiète pas de cela, ma chère. Il ne croyait pas lui-même à son idée. Mais demain, j’irai le trouver. Bonsoir.
REBEKKA
Tu montes de si bonne heure, ce soir aussi? Après cela?
ROSMER
Ce soir comme d'habitude. Je me sens soulagé, maintenant que c'est dit. Tu le vois,... je suis tout à fait calme, chère Rebekka. Prends-le de même, toi aussi. Bonsoir.
Bonsoir, cher ami. Dors bien.
(Rosmer sort par la porte du vestibule; on V entend ensuite monter un escalier.)
(Rebekka va tirer un cordon de sonnette près du poêle. Un peu après Mme Helseth entre par la droite.)
REBEKKA
Vous pouvez ôter le couvert, madame Helseth. Car le pasteur ne veut rien prendre et le proviseur est parti.
MADAME HELSETH
Le proviseur est parti? Qu’est-ce qu’il a eu?
REBEKKA, prend son tricot.
Il pensait qu'un gros orage allait venir...
MADAME HELSETH
C'est singulier. Car on ne voit pas trace de nuage ce soir.
REBEKKA
Pourvu qu'il ne rencontre pas le cheval blanc. Car je crains que nous ne tardions pas à entendre parler de pareils fantômes.