ACTE II
ma vie, Rebekka! Je ne me laisse pas abattre par de sinistres possibilités. Je ne me laisse pas imposer ma ligne de conduite, ni par les vivants, ni... par d'autres.
REBEKKA
Non, non,... il ne le faut pas! Sois complètement un homme libre, Rosmer !
ROSMER
Mais sais-tu à quoi je pense? Ne le sais-tu pas? Ne vois-tu pas comment je peux le mieux parvenir à me libérer de tous ces souvenirs cuisants,... de tout ce triste passé?
REBEKKA
Eh bien?
ROSMER
En dressant contre lui une réalité nouvelle et vivante.
REBEKKA, avance le bras pour s'appuyer sur le dossier
de la chaise.
Vivante...? Qu'est-ce... que tu dis?
ROSMER, plus près.
Rebekka,... si je te demandais maintenant,... veux-tu être ma seconde femme?
REBEKKA, un instant sans voix , s'écrie , toute joyeuse.
Ta femme ! Ta... ! Moi !
ROSMER
Bien. Essayons-le. Nous ne ferons qu’un, nous deux. Il faut qu’il n’y ait plus de place vide après la défunte.
REBEKKA
Moi... remplacer Beate... !
ROSMER
Ainsi elle disparaît. Complètement. Pour toujours.
REBEKKA, à voix basse et tremblante.
Le crois-tu, Rosmer?
ROSMER
II faut que ce soit ! Il le faut ! Je ne peux pas,... je ne veux pas vivre la vie avec un cadavre sur mon dos. Aidemoi à le démonter, Rebekka. Et étouffons tous les souvenirs dans la liberté, la joie, la passion. Tu seras pour moi la seule épouse que j'aie jamais eue.
REBEKKA, ferme et calme .
Ne me reparle pas de cela. Jamais je ne serai ta femme.
ROSMER
Comment ! Jamais ! Oh ! ne crois-tu pas que tu pourrais m'aimer? N'y a-t-il pas déjà un brin d'amour dans notre amitié?
REBEKKA, se bouche les oreilles comme avec eÿroi .
Ne parle pas ainsi, Rosmer ! Ne dis pas cela !
ROSMER, lui saisit le bras.
Si, si,... en nos relations est un germe possible. Oh ! je vois bien que tu le sens aussi. N'est-ce pas, Rebekka?
REBEKKA, de nouveau ferme et calme.
Écoute-moi. Je te dis ceci,... que si tu insistes, je quitte Rosmersholm.
ROSMER
Quitter!... Toi! Tu ne le peux pas. C’est impossible.