ACTE III
(Le salon de Rosmersholm. La fenêtre et la porte du vestibule sont ouvertes. Le soleil du matin brille au dehors.)
REBEKKA WEST, habillée comme au premier acte , est debout près de la fenêtre et soigne et arrose les fleurs. Son tricot est sur le fauteuil. MA¬ DAME HELSETH circule avec un plumeau et époussette les meubles.
REBEKKA, après un moment de silence .
C’est singulier que le pasteur reste si longtemps là-haut aujourd’hui.
MADAME HELSETH
Oh ! Ça lui arrive souvent. Mais il ne va pas tarder à descendre, je pense.
REBEKKA
L’avez-vous vu?
MADAME HELSETH
A peine. Quand je lui ai monté son café, il est allé dans sa chambre pour s’habiller.
REBEKKA
Je le demande parce qu’il n’était pas très bien hier.
MADAME HELSETH
Non, il en avait l’air. Et je me demande s’il n’y a pas quelque chose qui cloche entre lui et son beau-frère.
REBEKKA
Qu’est-ce que ce serait, croyez-vous?
MADAME HELSETH
Je ne peux pas le savoir. C’est peut-être ce Mortensgaard qui les a montés l’un contre l’autre.
REBEKKA
Oui, c’est bien possible... Êtes-vous un peu renseignée sur ce Mortensgaard?
MADAME HELSETH
Ah ! non. Comment mademoiselle peut-elle le penser? Un individu comme lui !
REBEKKA
Vous le dites à cause du vilain journal qu’il publie?
MADAME HELSETH
Oh ! il n’y a pas que cela... Mademoiselle a dû entendre dire qu’il a eu un enfant avec une femme mariée que son mari avait abandonnée?
REBEKKA
J’en ai entendu parler. Mais c’était longtemps avant que je vienne ici.
MADAME HELSETH
Oui, bon Dieu, il était tout jeune alors. Et elle aurait dû avoir plus de raison que lui. Et il voulait même l’épouser.