‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 243 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

KROLL

Il est indifférent de savoir de qui je la tiens. Mais ce qui est certain, c'est que j’ai un fort soupçon,... je dis, un soupçon extrêmement fort... quand je réfléchis et considère dans son ensemble votre conduite depuis que vous êtes arrivée ici.

REBEKKA, le regarde.

J’ai confusément le souvenir d’un temps où vous aviez une confiance extrêmement forte en moi, cher proviseur. Une confiance empressée, j’allais dire.

KROLL, baissant la voix.

Qui n’auriez-vous ensorcelé,... quand vous le vouliez?

REBEKKA

Ai- je voulu !...

KROLL

Oui, parfaitement. Je ne suis plus assez fou pour m’imaginer que le sentiment y jouait un rôle. Vous vouliez tout simplement vous mettre en crédit à Rosmersholm. Vous implanter ici. C’est à quoi je devais vous aider. Je le vois maintenant.

Vous avez donc complètement oublié que c’est Beate qui m’a priée et suppliée de venir demeurer ici.

KROLL

Oui, lorsque vous l’avez ensorcelée aussi. Car peut-on appeler amitié le sentiment qu’elle a peu à peu éprouvé pour vous? C’est devenu de l’idolâtrie,... un culte. Et qui a dégénéré en... comment pourrai- je appeler cela?... en une sorte de passion furieuse. Oui, c’est le vrai mot.

REBEKKA

Veuillez vous rappeler dans quel état était votre sœur. Quant à moi, je ne crois pas qu'on puisse me dire exaltée d'aucune manière.

KROLL

Non, vous ne l'êtes sûrement pas. Mais vous êtes d'autant plus dangereuse pour les gens sur qui vous voulez prendre autorité. Il vous est facile d'agir avec réflexion et de calculer juste,... précisément parce que vous avez le cœur froid.

REBEKKA

Froid? En êtes-vous bien sûr?

KROLL

Maintenant, j'en suis tout à fait sûr. Sans quoi vous n'auriez pu rester ici des années et poursuivre inébranlablement votre but. Oui, oui,... vous êtes parvenue à ce que vous vouliez. Vous avez Rosmer et la maison en votre pouvoir. Mais pour y arriver vous n’avez pas craint de le rendre malheureux.

REBEKKA

Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas moi. C'est vous qui l'avez rendu malheureux.

KROLL

Moi!

REBEKKA

Oui, en l'amenant à imaginer que c'est sa faute si Beate a eu une si terrible fin.

KROLL

Ah ! il en a donc tout de même été si profondément ému?

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