‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 25 sur 300 · UN MONSIEUR MYOPE · texte numérisé non relu

UN MONSIEUR MYOPE

Et tout apport est accueilli avec reconnaissance. MADAME SÔRBY

Ces messieurs veulent dire que lorsqu’on est invité à dîner, on doit travailler pour payer son écot, monsieur Ekdal.

PREMIER ACTE

LE MONSIEUR BOUFFI

Dans une maison où Ton mange bien, c'est un vrai plaisir.

LE MONSIEUR AUX CHEVEUX RARES Bon Dieu, quand il s'agit de la lutte pour la vie...

MADAME SÔRBY En cela vous avez raison...

(Ils continuent en riant et plaisantant .) GREGERS, bas .

Il faut causer avec eux, Hjalmar.

HJALMAR, avec un mouvement d’ épaules.

De quoi parlerais-je?

LE MONSIEUR BOUFFI

Croyez-vous, monsieur le négociant, que le Tokay doive être considéré comme une boisson très saine pour les intestins?

WERLE, contre la cheminée.

Le Tokay que vous avez eu aujourd'hui, en tout cas, je peux en répondre ; il est d’une des années absolument les meilleures. D’ailleurs, vous vous en êtes bien aperçu.

LE MONSIEUR BOUFFI Oui, il était remarquablement savoureux.

HJALMAR, hésitant.

Y a-t-il de la différence entre les années.

LE MONSIEUR BOUFFI, riant.

Non, vous êtes bon, vous !

WERLE, sourit .

Ce n’est vraiment pas la peine de vous offrir un noble vin. LE MONSIEUR AUX CHEVEUX RARES

Il en est du Tokay comme des photographies, monsieur Ekdal. Il lui faut du soleil. N’est-il pas vrai.

HJALMAR

Oui, la lumière joue son rôle.

MADAME SÔRBY

Mais alors, c’est tout à fait comme pour les chambellans ; car eux aussi ont grand besoin de soleil, à ce que l’on dit.

LE MONSIEUR AUX CHEVEUX RARES Aïe ! aïe ! Vous avez lancé là un sarcasme usé !

LE MONSIEUR MYOPE Madame se produit...

LE MONSIEUR BOUFFI ... et à nos dépens.

(Avec un geste de menace .)

Madame Berta ! Madame Berta !

MADAME SÔRBY

Oui, mais il est sûr et certain que les années peuvent être extrêmement différentes. Les années anciennes sont les meilleures.

LE MONSIEUR MYOPE Me mettez-vous dans les vieilles années !

MADAME SÔRBY

Oh ! loin de là !

LE MONSIEUR AUX CHEVEUX RARES Voyez-vous ça! Et moi, alors, chère madame Sorby...?

LE MONSIEUR BOUFFI

Oui, et moi? Dans quelles années nous mettez- vous?

MADAME SÔRBY

Je vous mets dans les bonnes années, messieurs.

(Elle trempe les lèvres dans un verre de punch ; les chambellans rient et badinent avec elle.)

WERLE

Madame Sorby s'en tire toujours... quand elle veut. Mais prenez vos verres, messieurs... Pettersen, remplissezles... Gregers, nous allons boire un verre ensemble.

( Gregers ne bouge pas.)

Ne voulez-vous pas en être, Ekdal? Je n’ai pas eu l’occasion de boire avec vous à table.

(Le teneur de livres Graaberg , à la porte dérobée jette un coup d'œil.)

GRAABERG

Pardon, monsieur le négociant ; mais je ne peux pas sortir.

WERLE

Allons, est-ce que vous êtes enfermé encore?

GRAABERG

Oui, et Flakstad est parti avec les clefs...

Eh bien ! vous n’avez qu’à passer par ici.

GRAABERG

Mais il y en a un autre...

WERLE

Bon, venez, venez tous les deux ; ne vous gênez pas.

( Graaberg et le vieil Ekdal sortent des bureaux.) WERLE, malgré lui.

Aïe !

(Les rires et le papotage des invités se taisent . Hjalmar a un sursaut à la vue de son père , pose son verre et se tourne vers la cheminée.)

EKDAL, sans lever les yeux , fait de petits saluts des deux côtés en marchant, et murmure :

Excusez-moi. Trompé de chemin. Porte fermée... porte fermée. Excusez-moi.

(Lui et Graaberg sortent par le fond à droite.) WERLE, entre ses dents.

Sacré Graaberg !

GREGERS, bouche bée , les yeux tout grands, à Hjalmar.

Mais n’est-ce pas là...?

LE MONSIEUR BOUFFI

Qu’est-ce qu’il y a? Qui était-ce?

GREGERS

Oh ! ce n’était personne ; simplement le teneur de livres et un autre.

LE MONSIEUR MYOPE, a Hjalmar.

Connaissiez- vous cet homme?

hjalmar

Je ne sais pas... ; je n’ai pas fait attention...

PREMIER ACTE

LE MONSIEUR BOUFFI, lève .

Que diable est-ce qui se passe?

(Il va vers quelques autres , qui parlent à voix basse.)

MADAME SÔRBY, chuchote au domestique.

Glissez-lui quelque chose là-bas, quelque chose de tout à fait bon.

PETTERSEN, avec un signe de tête .

J'y vais.

(Il sort.)

GREGERS, à voix basse, ému, à Hjalmar .

C’était donc bien lui !

HJALMAR

Oui.

GREGERS

Et tu as dit que tu ne le connaissais pas !

HJALMAR, chuchote vivement.

Est-ce que je pouvais... !

GREGERS

... avouer ton père?

HJALMAR, douloureusement.

Oh ! si tu étais à ma place, tu...

(Les conversations entre les invités , qui étaient d'abord sur un ton discret , sont menées maintenant en forçant la voix.)

LE MONSIEUR AUX CHEVEUX RARES, se rapproche aimablement de Gregers et Hjalmar.

Aha ! vous êtes en train de ranimer de vieux souvenirs du temps où vous étiez étudiants? Hein? Vous ne fumez

pas, monsieur Ekdal? Voulez-vous du feu? Non, c'est vrai, nous ne devons pas...

HJALMAR

Merci, je ne veux pas...

LE MONSIEUR BOUFFI

N'avez-vous pas quelque joli poème à nous déclamer, monsieur Ekdal? Vous le faisiez si bien autrefois.

HJALMAR

Je ne me rappelle rien, malheureusement.

LE MONSIEUR BOUFFI

Oh ! c'est dommage. Que pourrions-nous bien inventer, Balle?

(Ils s'éloignent tous deux et sortent dans le salon.)

HJALMAR, sombre.

Gregers,... je m'en vais. Quand un homme s’est senti durement frappé par le destin, vois-tu... Dis adieu à ton père de ma part.

GREGERS

Oui, oui. Tu rentres directement chez toi?

HJALMAR

Oui. Pourquoi?

GREGERS

Parce que je monterai peut-être chez toi plus tard.

HJALMAR

Non, n'en fais rien. Pas chez moi. Ma demeure est triste, Gregers,... surtout après une fête splendide, comme celle-ci. Nous pouvons toujours nous rencontrer quelque part en ville.

MADAME SÔRBY, s'est approchée; elle dit à mi-voix :

Vous partez, Ekdal?

HJALMAR

Oui.

MADAME SORBY

Saluez Gina.

Merci.

HJALMAR

MADAME SÔRBY

Et dites-lui que j'irai la voir un de ces jours.

Bien, merci.

HJALMAR

(A Gregers.)

Reste là. Je vais disparaître sans éveiller l'attention.

(Il traverse la pièce , entre dans le salon et sort à droite.)

MADAME SORBY, bas au domestique , qui est revenu .

Eh bien ! le vieux a-t-il emporté quelque chose? PETTERSEN

Oh ! oui, je lui ai glissé une bouteille de cognac. MADAME SÔRBY

Oh ! vous auriez pu trouver mieux que ça.

PETTERSEN

Non, madame Sôrby, le cognac est ce qui lui plaît le mieux.

LE MONSIEUR BOUFFI, à la porte du salon , un cahier de musique à la main.

Allons-nous peut-être jouer un peu ensemble, madame Sôrby?

T. XIII

MADAME SÔRBY

Oui ; allons-y.

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